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Smart Tunisia: Les diplômés seront assistés, formés et valorisés à l’international, mais quid des startups tunisiennes ? Le conseil des ministres du lundi 18 novembre a validé le projet Tunisie Intelligente ou «Smart Tunisia». Après le décret créant l’Agence Technique des Télécommunications (A2T), voilà un autre projet qui a crée la polémique chez quelques observateurs. Mais au fait, Smart Tunisia c’est quoi ?

C’est en fait un projet sur lequel le ministère des Technologies de l’information et de la communication a travaillé depuis un peu plus d'un an. Il vise à jeter les bases d'une économie numérique solide sur les 5 prochaines années. Comment ? En misant sur le transfert de technologie.

«Smart Tunisia s’articule sur 4 axes», déclare Habib Dabbabi, chargé de mission au ministère des TIC. «C’est un guichet unique pour les investisseurs en TIC étrangers qui leur servira comme interlocuteur unique. Il coordonnera, en effet, entre toutes les administrations pour faciliter l’implantation et le travail des multinationales étrangères en Tunisie. Le Smart Tunisia se chargera également de communiquer et de promouvoir la Tunisie comme destination TIC incontournable. Un troisième point sera à la charge de ce projet : la formation continue et la mise à niveau des étudiants tunisiens diplômés avec des formations en langue et des certifications. Le but étant que ces derniers soient prêts à l’embauche par ces sociétés offshore. Le dernier point sur lequel Smart Tunisia devra s’atteler, c’est le promotion des constructions aux normes A+ en Tunisie». 

Améliorer les TIC et par la même occasion la qualité de construction des bâtiments

Les plus grandes entreprises ont, en effet, des exigences quant aux bâtiments dans lesquels ils comptent s’installer. Ces locaux doivent en effet répondre à la norme A+. C'est à dire un taux d'émission faible de composé organique volatile dans un édifice et qui provoque l'effet de serre, l'humidité et voire même les maladies allergiques ou respiratoires comme l'asthme. En gros, une norme qui, en plus de l’architecture, garantit un environnement saint et sécurisé du lieu de travail. 

Seulement voilà, ce type de construction est trop cher à louer par rapport aux bâtiments «normaux». Pour encourager les entreprises étrangères à s’installer en Tunisie dans de tels locaux, et donc inciter les promoteurs à construire partout dans la république de tels édifices, Smart Tunisia va subventionner une partie des dépenses de location grâce aux ‘Chèques emploi’.

«Les études démontrent que pour chaque ingénieur recruté, il faut un espace minimal de travail de 10 mètres carrés (pour son bureau, le couloir, les WC, etc., ndlr). Donc les prix de locations peuvent rapidement grimper», explique M. Dabbabi. «C’est pour cela que Smart Tunisia va rembourser jusqu’à 700 dinars par an sur chaque employé recruté et opérant dans un bâtiment A+ au sein de l’entreprise offshore installée en Tunisie. C’est ce qu’on appelle le chèque emploi».

Une sorte d’agence de communication et promotion du TIC tunisien à l’étranger

Donc en d’autres termes, et pour mieux récapituler, Smart Tunisia c’est : 

1- Un guichet unique pour les entreprises Offshore du secteur IT.

2- Un centre qui travaillera sur la mise à niveau et la formation continue de nos ingénieurs avec des certifications internationales et des formations en langues étrangères afin qu’ils soient prêts à l’embauche au sein de ces entreprises Off Shore.

3- Une sorte d’agence de communication étrangère chargée de promouvoir la Tunisie dans les grands évènements TIC dans le monde et auprès des grandes entreprises TIC.

4- Un programme qui vise à pousser les promoteurs à adopter, progressivement, la norme A+ dans la construction de leurs bâtiments en Tunisie.

Ce dernier point réduira forcément le prix de construction avec une telle norme et il peut être généralisé à tous les immeubles et maisons. Et quand on se rappelle que le ministère des TIC a fait évoluer le cahier de charges du ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire pour que la construction de nouveaux immeubles intégrant dès le départ la fibre optique, on ne peut que saluer les efforts du ministre des TIC pour faire avancer les choses dans une Tunisie où ses institutions sont de plus en plus sclérosées.

Et c’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé le ministère à ce que la construction de ces bâtiments soit à la charge du privé au lieu de l’Etat. Car un tel type d’édifice prend environ 6 mois à construire contre 3 à 4 années pour le contribuable (appel d’offres, lenteur administrative, etc.).

Assister et former les diplômés en TIC tunisiens

Mais ce qu’on retiendra le plus de Smart Tunisia, c’est qu’il représente un programme qui vise à soutenir les milliers de jeunes, et moins jeunes, diplômés en TIC et qui aspirent à avoir une vie professionnelle prospère, pour les aider à trouver un bon poste en Tunisie ou dans le monde. Ou carrément à fonder leur propre entreprise.

En effet, des sessions de formation seront organisées par Smart Tunisia, soit de sa propre initiative ou commandées par les entreprises offshore et ce, pour faciliter l’employabilité de ces demandeurs d’emploi. Une fois embauchés, ces derniers vont pouvoir acquérir une plus riche expérience professionnelle (en management, en ingénierie, etc.) et pourront évoluer à l’international ou carrément s’envoler de leur propres ailes en fondant leur propre Startup.

Mais Smart Tunisia ne risque-t-il pas de tuer les startup tunisiennes pour le compte des entreprises étrangères ? Pour M. Dabbabi, ce risque existerait si son ministère n’a pas déjà prévu à l’avance une modification de fond des TIC ? 

Dans un conseil ministériel qui s’est déroulé la semaine dernière, une mise à jour du décret régissant le fond des TIC a été en effet validée. La ponction de 5% sur le chiffre d’affaires des opérateurs télécoms et qui, en temps normal, subventionne la Poste tunisienne et l’Agence Nationale des Fréquences, vont dorénavant servir, de plus, à soutenir les startups tunisiennes (programme de certification, etc.), booster les aides qui leur sont octroyées (pépinière d’entreprises, technopôles, etc.).

Une autre nouveauté de cette mise à jour : une partie de ce fond va financer la recherche et développement (R&D) et le service universel. En effet, et dès 2014, la Tunisie définit la connexion en haut débit comme un service universel en plus de l’accès téléphonique aux services d’urgence (on y reviendra un peu plus en détails dans un prochain article). Les opérateurs seront tenus à relier en haut débit les zones blanches, quittes à se faire subventionner par ce fond géré par l’Etat.

En rendant la Tunisie une destination technologique, le ministère des TIC espère créer de la valeur ajoutée tunisienne et mise sur un transfert technologique vers les compétences tunisiennes. Il s’attend également à ce que cet offshoring TIC créera avec lui, sous nos cieux, des centaines de petites Startup clientes de ces multinationales. 

Welid Naffati

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