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La Neutralité du Net, ou le dialogue de sourdsL’Instance Nationale des Télécommunications (INT) a organisé jeudi 9 mars dernier dans un hôtel à Tunis, un workshop sur la Neutralité du Net et les applications Zéro Ratings. C’est quoi ces applications ? Ce sont des applications dont la consommation est gratuite de point de vue quota de téléchargement chez l’opérateur téléphonique.

«En 2014, l'INT a fait des mesures sur les connexions des FAI/Operateurs tunisiens. Il y a de la priorisation ou trafic shaping dès 16h jusqu'à minuit», a affirmé Wajdi Garali de l’INT. «Cette priorisation touche essentiellement le http et le streaming». Donc de ce fait, le principe de la Neutralité du Net tel que énoncé dans la licence des 3 opérateurs/FAI n’est pas respectée. L’INT par ailleurs prépare un projet de sonde permanentes pour pouvoir épingler ces derniers (lire notre article).

«Jusqu’à quand nous allons subir le bridge de la bande passante ?», s’est demandé pour sa part Mohamed Said Ouerghui Professeur universitaire. «En Tunisie, on a fait le certificat électronique pour ne pas passer par VerySign. Est-ce finalement moins cher que d’en avoir directement de chez VerySign ? Même chose pour le paiement électronique. On a mis en place la carte e-Dinar et la carte technologique à défaut de ne pas avoir accès à Paypal. Faut-il encore rappeler que sur Internet il n’y a pas de frontière, donc pas de douane et les lois locales n’y sont pas appliquées. On parle encore de stratégie nationale pour la Net Neutrality mais on a du mal à la mettre en place. Or qu’est ce qui nous empêche de commencer par rendre l’accès gratuit dans certains endroits comme les bureaux de poste. Si ces connexions ne sont pas gratuites, elle seront du moins à prix dérisoire. Et on ne peut pas parler de Net Neutralité sans le respect des libertés sur Internet ainsi que l’enrichissement du contenu local».

La Neutralité du Net, ou le dialogue de sourds

M. Ouerghi a ainsi rappelé que l’Open Data peut aider à créer ce contenu local puisque les startups pourront développer des services basées sur ces données et donc, en gagner de l’argent. Mais certains services des startups gênent les opérateurs. C’est le cas des Over The Top (OTT) à l’instar de Viber. «Le coût de la minute est à 31 millimes. Mais si l’appel passe par VoIP, cela coute à l’OTT 1 millime seulement», s’est insurgé pour sa part Imen Attalah, Chef du département de la régulation et de la vente en gros à Orange Tunisie. L’opérateur s’est carrément interrogé sur comment combattre de tels services «légaux» et qui paradoxalement sont en train de bypasser le réseau tunisien : «Il y a des OTT qui interceptent l’appel venant de l’international et le véhicule en VoIP sur notre réseau. Du coup l’appelant paye le prix habituel de la communication et la différence est empochée par le service OTT en question». D’où le dilemme : En censurant ou altérant la qualité d’un service OTT qui ne respecte pas la bonne règle de la concurrence, l’opérateur est en train de se protéger ; Mais d’un point de vue éthique et légal, il sera accusé de non respect de la neutralité du réseau et de censure.

«La neutralité du Net est un concept subjectif. Quand un Tunisien se connecte à l'Europe, il paye totalement la connexion. Cependant l’inverse n’est pas vrai. Peut-on alors parler de Neutralité du Net dans ce cas là ?», s’est demandé à juste titre Kamal Saadaoui, du ministère des TIC et de l’Economie numérique qui a modéré un des panels.

Pour Tunisie Telecom, représentée par Rym Belhassine, au lieu d’entrer dans une guerre sans merci contre les OTT, l’opérateur historique a préféré en tirer profit en lançant du contenu multimédia et riche pour ses utilisateurs. Une sorte de Win-Win que cherche à établir TT avec les Startups.

Mais c’est Hatem Mestiri, CTO de ooredoo Tunisie, qui a osé dire les choses clairement d’une façon moins diplomatique : «Je me réjouit de l’intérêt que suscite ce débat chez tout le monde. Mais tout le monde sait qu'il y a un réel problème appelé l'OTT et qu'on veut appeler sous la dénomination de la Neutralité du Net'. Chaque personne parle dans cette affaire d'un point de vue Intérêt Business. Dans les séminaires vous allez trouver que les entreprises OTT ont le même discours que les associations de défense du consommateur à force de répéter les mêmes paroles grâce au lobbying. En Tunisie, on ne veut pas parler de censure car ça nous rappelle une époque douloureuse qui n'est pas très lointaine. Or, faut pas se leurrer, une entreprise qui ne gagne pas de l'argent fermera boutique. Ne vous réjouissez pas si le service est gratuit. Rien n'est gratuit, tout est payant. Je ne dis pas que le problème est simple. Les Etats doivent à un certain moment dire 'Faut sauver le soldat opérateur'. Car cet opérateur là qui a le réseau. Si ce réseau disparait, ce n'est pas facebook qui va le faire. De ce fait, les opérateurs doivent gagner de l'argent pour exister».

Welid Naffati

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