
Le secteur mobile britannique a franchi un seuil décisif. Selon le rapport Connected Nations de l’Ofcom, la couverture 5G atteint désormais 97 % des locaux au Royaume-Uni via au moins un opérateur mobile. De son côté, la 4G couvre toujours 96 % du territoire et plus de 99 % des locaux, confirmant son rôle de pilier du trafic de données mobiles.
La connectivité IP mobile peut désormais être considérée comme acquise pour presque tous les citoyens, la majeure partie du temps. Ce changement fondamental transforme la manière dont ingénieurs, concepteurs d’applications et architectes de services doivent penser la voix et la messagerie pour le reste de la décennie.
Fin des excuses liées à la couverture
Le marché connaît une mutation profonde avec la disparition progressive de l’angoisse liée à la couverture réseau. Grâce à la généralisation de la 5G et à la quasi-universalité de la 4G, la question n’est plus de savoir si l’on peut se connecter, mais comment. Les utilisateurs s’intéressent désormais à la vitesse, à la fiabilité et à la capacité des réseaux à maintenir des usages riches, y compris à l’intérieur des bâtiments ou dans des environnements très sollicités, sans bascule dégradée.
La fin annoncée des anciennes générations
Parallèlement à l’essor de la 5G, les générations de réseaux plus anciennes arrivent en fin de vie. Les opérateurs britanniques ont publié leurs calendriers de retrait progressif de la 2G et de la 3G, annonçant à terme la disparition de la voix en commutation de circuits.
Le SMS reste fonctionnel dans un monde entièrement IP, via la LTE et les cœurs de réseau modernes. En revanche, des millions d’équipements M2M hérités, comme les alarmes, compteurs ou terminaux reposant encore sur des alertes SMS en 2G, devront être modernisés. Les premières coupures sont prévues dès 2029.
Pour les entreprises, le défi est avant tout opérationnel. Le remplacement des équipements, les processus de certification et la planification doivent s’accélérer pour respecter ces échéances. La connectivité n’est plus seulement une question technique, mais un enjeu stratégique de cycle de vie, impactant la continuité de service à long terme.
Une messagerie qui évolue, sans disparaître
Dans ce contexte, la messagerie se transforme plutôt qu’elle ne s’efface. Le SMS entre particuliers poursuit son déclin progressif, mais la messagerie applicative vers les utilisateurs reste robuste, grâce à son universalité et à sa fiabilité pour les alertes, l’authentification ou les notifications de service.
Le SMS devient ainsi un filet de sécurité, plus qu’un canal d’expérience principal. En parallèle, les canaux enrichis bénéficient directement des performances réseau accrues. La réduction de la latence et la meilleure stabilité de l’upload en 5G Standalone rendent les échanges interactifs, comme le RCS ou les transactions intégrées aux conversations, plus fluides et engageants.
Pour les entreprises, l’enjeu se déplace de la simple diffusion de messages vers l’accomplissement d’actions au sein d’une interaction unique et de confiance, combinant identité, support, marketing et paiement.
Vers une nouvelle conception des communications mobiles
Pris ensemble, ces évolutions traduisent un changement plus large dans la conception des communications mobiles. Pendant des années, les stratégies visaient à limiter les échecs. Désormais, l’accent est mis sur l’exploitation des capacités. Les réseaux sont suffisamment fiables pour supporter des services conversationnels à grande échelle, permettant aux opérateurs de monétiser la qualité et les fonctionnalités programmables plutôt que la seule extension de la couverture.
Les plateformes CPaaS évoluent vers des couches d’orchestration capables de sélectionner le canal le plus pertinent selon le contexte et l’objectif recherché. Les entreprises peuvent repenser leurs parcours clients autour de la réussite des interactions, et non plus uniquement autour des taux de clics, positionnant la messagerie comme interface centrale entre organisations et utilisateurs.
Se préparer dès aujourd’hui à l’après-5G
À mesure que la 5G Standalone mûrit, l’attention commence à se tourner vers les générations futures de réseaux. Les premières visions de la 6G évoquent des architectures nativement pilotées par l’IA, capables d’optimiser dynamiquement les performances et d’intégrer la détection au sein même des communications. L’intégration renforcée du satellite et des réseaux non terrestres pourrait étendre la continuité de service aux environnements isolés ou mobiles, sans rupture d’expérience pour l’utilisateur.
Ces avancées s’accompagnent toutefois de nouveaux défis. La fraude pilotée par l’IA, les médias synthétiques et des formes de manipulation toujours plus sophistiquées imposeront des cadres d’identité renforcés, une authentification continue et des approches respectueuses de la vie privée.
Il n’est cependant pas nécessaire d’attendre la 6G. Les pratiques qui émergent aujourd’hui, comme la messagerie centrée sur l’identité, l’orchestration orientée résultats, la modernisation de l’IoT et le renforcement de la lutte contre la fraude, constituent déjà les fondations des communications de nouvelle génération.
L’infrastructure britannique est désormais suffisamment solide pour soutenir une nouvelle phase d’innovation. La messagerie évolue d’un simple mécanisme de livraison vers une interface principale d’interaction entre organisations et consommateurs. Dans un monde où la 4G est la base, la 5G un accélérateur et l’avenir déjà en préparation, l’avantage ira à ceux qui conçoivent leurs services dès maintenant pour cette réalité.
Dario Betti
CEO du Mobile Ecosystem Forum (MEF)