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Cybercriminalité : les attaques automatisées bondissent de 59 %, le commerce en ligne en première ligne

Les attaques liées à la fraude numérique ont progressé plus rapidement que les transactions légitimes en 2025, selon le Cybercrime Report 2026 de LexisNexis Risk Solutions. Fondée sur l’analyse de 116,1 milliards de transactions numériques, cette étude met en évidence une hausse de 59 % du volume des attaques automatisées par bots, une augmentation de 64 % du taux d’attaque dans le commerce électronique et une progression marquée des tentatives de prise de contrôle de comptes. L’intelligence artificielle fait évoluer les méthodes des fraudeurs, mais le rapport souligne que son rôle précis dans cette progression reste encore difficile à établir.

116 milliards de transactions analysées, des attaques en hausse de 8 %

Publié par LexisNexis Risk Solutions, le rapport 2026 porte sur les données collectées entre janvier et décembre 2025 au sein de son Digital Identity Network, un réseau qui analyse les interactions numériques afin d’évaluer leur niveau de risque.

Le volume étudié atteint 116,1 milliards de transactions, soit une progression de 12 % sur un an. Dans le même temps, le taux global d’attaques initiées par des humains a augmenté de 8 %, pour atteindre 1,6 %. Le volume de ces attaques a progressé de 19 %, à environ 1,8 milliard d’événements.

Les attaques automatisées suivent une trajectoire encore plus marquée. Leur volume a augmenté de 59 %, pour atteindre 4,9 milliards d’événements. Cette évolution montre que les entreprises doivent faire face à des tentatives de fraude toujours plus nombreuses, alors même que leurs services numériques continuent de gagner en fréquentation.

Ces chiffres doivent toutefois être interprétés dans le périmètre de l’étude. Ils proviennent du réseau d’analyse de LexisNexis et ne constituent pas un recensement exhaustif de toutes les cyberattaques dans le monde.

Les bots deviennent plus difficiles à distinguer des utilisateurs humains

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne l’évolution des attaques automatisées. Les bots ne se limitent plus à exécuter des instructions répétitives facilement détectables. Certaines opérations cherchent désormais à reproduire les comportements habituels d’un utilisateur, notamment les mouvements de souris et les interactions avec les interfaces.

LexisNexis relève notamment des mouvements de souris simulés à l’aide de courbes de Bézier, qui peuvent reproduire des trajectoires apparemment naturelles. Ces techniques compliquent la détection lorsque les systèmes de sécurité reposent essentiellement sur des règles simples, comme la fréquence des connexions ou la répétition d’une même action.

Le rapport observe également des variations inhabituelles de son indice d’abus d’identité, provoquées par des attaques automatisées imitant les interactions humaines. Les auteurs estiment que les fraudeurs semblent disposer de moyens croissants pour lancer des opérations plus sophistiquées, sans toutefois établir de lien direct avec un agent d’intelligence artificielle particulier.

Pour les entreprises, l’enjeu consiste donc à dépasser les contrôles traditionnels. L’analyse du comportement, des appareils utilisés, de la localisation, de l’historique des connexions et des liens entre différentes identités numériques devient essentielle pour repérer les opérations suspectes.

Commerce électronique : le taux d’attaque augmente de 64 %

Le commerce électronique figure parmi les secteurs les plus touchés par cette évolution. En 2025, les transactions analysées dans ce domaine ont progressé de 16 %, tandis que le taux d’attaque a augmenté de 64 %, pour atteindre 4,6 %.

La prise de contrôle de comptes existants constitue un signal particulièrement préoccupant. Le taux d’attaque associé aux connexions aux comptes de clients est passé de 3,4 % à 10,8 %, soit une augmentation de 216 % sur un an.

Ces opérations peuvent permettre aux fraudeurs d’exploiter des comptes déjà établis, leurs moyens de paiement enregistrés, leurs programmes de fidélité ou leurs données personnelles. Elles peuvent également servir de point de départ à d’autres fraudes.

Le rapport identifie aussi une hausse de 123 % du volume des attaques automatisées visant le commerce électronique. Cette progression souligne les limites d’une protection centrée uniquement sur le paiement final : la sécurisation doit intervenir dès la création du compte, lors de chaque connexion et au moment des opérations sensibles.

Les jeux en ligne également sous pression

Le secteur des jeux vidéo en ligne et des jeux d’argent connaît une progression importante de son activité, mais aussi des attaques. Les transactions y ont augmenté de 20 % en 2025, soit la croissance la plus forte parmi les secteurs étudiés par le rapport.

Le taux d’attaque a progressé de 76 %, pour atteindre 1,7 %. Les créations de comptes constituent un point particulièrement sensible : 14,2 % des événements analysés à cette étape ont été classés comme des attaques, contre un niveau nettement inférieur dans plusieurs autres secteurs.

Les fraudeurs cherchent notamment à créer des comptes à l’aide d’identités volées ou synthétiques. Ils peuvent également viser des comptes existants, des paiements ou des mécanismes promotionnels, notamment les bonus d’inscription.

Le rapport constate par ailleurs une hausse de 84 % du volume des attaques automatisées contre les opérateurs de jeux et de paris. Cette combinaison entre croissance du marché, multiplicité des comptes et valeur financière des services en fait une cible privilégiée.

Les identités synthétiques représentent 11 % des fraudes signalées

Autre tendance importante : l’utilisation d’identités synthétiques. Contrairement à l’usurpation classique, qui consiste à utiliser l’identité réelle d’une victime, cette méthode repose sur des identités construites à partir d’informations réelles et fictives.

Les fraudeurs peuvent ainsi combiner des données personnelles authentiques avec de fausses informations afin de créer des profils suffisamment cohérents pour contourner certains contrôles d’inscription ou d’identification.

Selon les classifications de fraude communiquées par les clients de LexisNexis, les identités synthétiques représentaient 11 % des fraudes signalées en 2025. Le vol d’identité réel, quant à lui, représentait 6 % de ces classifications.

La fraude dite de première partie reste toutefois la catégorie la plus importante, avec 38 % des fraudes signalées. Elle désigne ici les cas dans lesquels le client lui-même est considéré comme à l’origine de la fraude, plutôt qu’un tiers usurpant son identité.

Le rapport constate que les identités synthétiques prennent de l’importance dans le commerce électronique, les communications et les médias numériques, ainsi que dans les jeux en ligne. Les auteurs évoquent notamment l’utilisation de technologies génératives pour produire des profils plus crédibles, sans attribuer toutes les opérations détectées à l’IA.

Les navigateurs d’ordinateur redeviennent un point faible

L’un des résultats les plus significatifs concerne la répartition des attaques entre les différents canaux numériques. Alors que les entreprises ont renforcé la sécurité de leurs applications mobiles, les attaques se sont déplacées vers les navigateurs sur ordinateur.

Le taux d’attaque par navigateur de bureau a doublé en 2025, pour atteindre 4,3 %. À l’inverse, le taux associé aux applications mobiles a diminué de 56 %, à 0,4 %.

Ce contraste suggère que les investissements consacrés à la sécurisation des applications mobiles peuvent avoir contribué à rendre ce canal moins attractif pour les fraudeurs, qui se tournent vers d’autres points d’entrée. Le rapport ne présente toutefois pas ce déplacement comme une explication unique de l’évolution observée.

La tendance est particulièrement visible dans le commerce électronique, où les attaques contre les connexions ont fortement augmenté. Elle rappelle que la sécurité d’une application mobile ne garantit pas celle des autres interfaces d’un même service.

Les entreprises doivent donc adopter une approche couvrant l’ensemble du parcours numérique : création de compte, connexion, réinitialisation du mot de passe, modification des données personnelles et paiement.

L’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique connaissent une hausse des attaques

À l’échelle régionale, la zone EMEA, qui regroupe l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, enregistre une hausse de 36 % du volume des attaques initiées par des humains et de 38 % des attaques automatisées.

Le taux global d’attaque de la région atteint 0,7 %, en hausse de 27 % sur un an. Il reste inférieur à la moyenne mondiale de 1,6 %, mais cette progression inverse la baisse observée l’année précédente.

Les tentatives de prise de contrôle de comptes contribuent à cette évolution. Le taux d’attaque lors des connexions a progressé de 59 % dans la région, selon le rapport. Les services de commerce électronique et les plateformes de jeux en ligne figurent parmi les cibles concernées.

LexisNexis souligne également la dimension transfrontalière des réseaux de fraude. Une identité numérique utilisée pour créer un compte auprès d’un opérateur peut ensuite intervenir dans des tentatives visant une banque, un service de paiement ou une plateforme commerciale.

Le rapport ne fournit cependant pas de statistiques spécifiques à la Tunisie. Les résultats régionaux ne permettent donc pas de mesurer directement le niveau de cybercriminalité dans le pays ni d’établir un classement des opérateurs tunisiens.

La fraude ne s’arrête pas au paiement

Les données montrent aussi que les attaques peuvent intervenir bien avant une transaction financière. La création de nouveaux comptes reste l’étape la plus risquée, avec un taux d’attaque de 9 % à l’échelle globale, soit environ une création de compte sur onze.

La réinitialisation des mots de passe constitue un autre point sensible, avec un taux d’attaque de 6,6 %. Cette étape peut être exploitée pour prendre le contrôle d’un compte existant. Quant aux tentatives visant les connexions, leur taux d’attaque global a atteint 1,2 %, en hausse de 89 % sur un an.

Ces chiffres illustrent l’importance d’une sécurité pensée tout au long du parcours client. Une protection concentrée sur la transaction finale peut laisser des possibilités d’exploitation aux fraudeurs qui cherchent d’abord à créer un compte, à récupérer des identifiants ou à modifier les coordonnées d’un utilisateur.

Le partage d’informations devient un outil de défense

Face à des réseaux qui opèrent dans plusieurs pays et secteurs, LexisNexis met en avant l’intérêt du partage d’informations entre institutions. Les banques, les commerçants, les opérateurs télécoms et les prestataires de paiement peuvent détecter plus tôt des schémas de fraude lorsqu’ils disposent d’indicateurs complémentaires.

Le rapport cite notamment un consortium britannique de lutte contre la fraude, lancé en 2019 avec deux banques et qui comptait 13 institutions financières membres dans la période étudiée. Les données partagées, constituées d’indicateurs de fraude confirmés ou suspects, sont passées d’environ 10 000 à plus de 750 000 entrées annuelles.

Selon les données du réseau LexisNexis, les notifications interbancaires relatives à des comptes susceptibles de servir de comptes de transit pour des fonds frauduleux révèlent, dans 50 à 70 % des cas, des comptes suspects que la banque destinataire n’avait pas encore placés sous investigation.

Cette approche repose sur un principe simple : une tentative de fraude détectée par un acteur peut constituer un signal utile pour les autres. Elle suppose toutefois des mécanismes de coopération, des règles de partage et une gestion rigoureuse des données.

Une cybersécurité qui doit évoluer avec les usages de l’IA

Le Cybercrime Report 2026 décrit un environnement dans lequel les méthodes de fraude évoluent parallèlement aux défenses numériques. L’essor des bots sophistiqués, des identités synthétiques et des attaques contre les comptes existants impose aux entreprises de revoir leurs stratégies de détection.

Le rapport observe enfin une progression du commerce piloté par des agents d’intelligence artificielle. Le volume de ces interactions est resté faible au début de 2025, mais a progressé de 450 % entre le premier et le quatrième trimestre. Ces opérations concernaient principalement des paiements par carte sur des sites de commerce électronique.

Cette évolution ouvre une nouvelle question pour les plateformes : comment distinguer une opération légitime exécutée par un agent au nom d’un utilisateur d’une action automatisée destinée à contourner les contrôles ? Pour LexisNexis, l’identification de l’intention et l’authentification de la personne à l’origine de l’action seront des enjeux importants à mesure que ces usages se développeront.

Le constat général est clair : la multiplication des transactions numériques élargit les possibilités d’attaque, tandis que les fraudeurs adaptent leurs méthodes aux protections mises en place. Pour les entreprises, la réponse ne repose plus uniquement sur le blocage des opérations suspectes, mais sur une analyse plus complète des identités, des appareils et des comportements tout au long du parcours numérique.

Walid Naffati

Source : LexisNexis Risk Solutions, Cybercrime Report 2026, données de janvier à décembre 2025.
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