
L’intelligence artificielle s’impose comme la technologie à diffusion la plus rapide de l’histoire moderne. Mais derrière l’enthousiasme mondial, la réalité est plus contrastée. Tous les pays n’avancent pas au même rythme, et surtout, tous ne bénéficient pas des mêmes conditions structurelles pour tirer parti de l’IA. C’est ce que met en lumière le rapport “AI Diffusion Report: Where AI is most used, developed, and built”, publié en novembre 2025 par le Microsoft AI Economy Institute.
Une diffusion plus rapide que l’électricité ou Internet
Selon le rapport, l’IA se diffuse plus vite que l’électricité, l’ordinateur personnel ou Internet à leurs débuts. Cette accélération s’explique par le caractère transversal de l’IA, qui s’intègre aussi bien dans les outils professionnels que dans les usages du quotidien.
Mais cette vitesse masque un déséquilibre majeur. La majorité des utilisateurs avancés de l’IA se concentrent dans un nombre limité d’économies disposant d’infrastructures numériques solides, de compétences digitales élevées et d’un accès stable à l’électricité et à Internet.
Trois forces qui expliquent la diffusion de l’IA
Le rapport identifie trois moteurs clés de la diffusion mondiale de l’IA :
D’abord, les builders, c’est-à-dire les chercheurs, ingénieurs et entreprises qui développent les modèles, les plateformes et les infrastructures. Ensuite, les infrastructures, qui regroupent les data centers, les réseaux, l’accès à l’énergie et la connectivité Internet. Enfin, les usages, portés par les entreprises, les administrations et les citoyens capables d’intégrer l’IA dans des activités concrètes.
Sans ces trois éléments réunis, la diffusion de l’IA reste limitée, même lorsque les modèles existent.
L’infrastructure comme facteur décisif
L’un des messages centraux du rapport est clair : l’IA ne peut pas se développer sans fondations solides. L’accès fiable à l’électricité reste un prérequis absolu. Or, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, plus de 20 % de la population n’a toujours pas accès à une électricité stable.
Même constat pour les data centers. La quasi-totalité des capacités mondiales se concentre en Amérique du Nord, en Europe et en Asie de l’Est. L’Afrique, le Moyen-Orient et l’Amérique latine restent largement en retrait, ce qui limite l’hébergement local des données et l’optimisation des performances de l’IA.

Un fossé numérique toujours visible
Le rapport montre une corrélation directe entre le PIB par habitant et le taux d’adoption de l’IA. Les économies avancées combinent compétences numériques, connectivité et investissements publics et privés. À l’inverse, dans les pays à revenu intermédiaire ou faible, l’adoption de l’IA reste freinée par le manque de compétences digitales de base et par un accès limité à Internet.
À l’échelle mondiale, sur plus de 8 milliards d’habitants, seuls 1,2 milliard sont aujourd’hui considérés comme utilisateurs de l’IA. Ce chiffre met en évidence l’ampleur du potentiel, mais aussi l’ampleur du retard à combler.
Langues et données : un enjeu souvent sous-estimé
Autre point critique souligné par le rapport : la langue. L’anglais domine très largement les ressources IA disponibles, alors qu’il n’est la langue maternelle que d’une minorité de la population mondiale. Des milliers de langues restent très peu représentées dans les jeux de données, ce qui limite l’accès équitable à l’IA et réduit son utilité dans des secteurs comme l’éducation, la santé ou les services publics.
Afrique du Nord : un potentiel encore sous-exploité
Pour l’Afrique du Nord, le rapport met en évidence une situation intermédiaire. La région dispose d’un meilleur accès à l’électricité et à Internet que de nombreuses zones d’Afrique subsaharienne, mais reste en retard par rapport à l’Europe ou à l’Asie.
Le principal défi réside dans la montée en compétences, l’hébergement local des données et l’intégration de l’IA dans des cas d’usage concrets à fort impact économique. Sans stratégie claire sur les infrastructures cloud, les data centers et la formation, la région risque de rester consommatrice de solutions IA développées ailleurs.

L’IA comme choix politique et économique
En conclusion, le rapport rappelle que la diffusion de l’IA n’est ni automatique ni inévitable. Elle dépend de choix stratégiques, d’investissements ciblés et d’une vision à long terme. Comme l’électricité ou Internet en leur temps, l’IA peut devenir un puissant levier de développement. À condition que les bases soient posées dès maintenant.
Walid Naffati