
L’édition 2026 du Mobile World Congress n’a pas été marquée par une grande annonce technologique. Elle a été marquée par une convergence de tons : des opérateurs, des équipementiers et des fournisseurs qui parlent moins de vision et plus d’exécution. L’analyse post-salon d’Opensignal (société indépendante spécialisée dans la mesure des performances des réseaux mobiles, active dans plus de 50 pays) confirme ce glissement autour de trois sujets dans un webinaire organisé le 18 mars dernier: la rentabilité de la 5G, l’intégration opérationnelle de l’IA et la convergence avec les réseaux satellitaires.
5G : toujours en quête de son modèle économique
Cinq ans après son lancement, la 5G n’a pas encore trouvé son équilibre commercial. Les marchés sont saturés, les coûts d’acquisition d’abonnés restent élevés, et la différenciation par le réseau seul ne suffit plus à fidéliser.
Opensignal décrit une trajectoire en quatre étapes — couverture eMBB, différenciation via FWA et QoS premium, APIs et network slicing, puis valeur par les résultats (automatisation, IA, workflows entreprise) avec trois constats pratiques : la 5G Standalone est un prérequis, pas une option ; les APIs doivent être standardisées pour passer à l’échelle ; et le retour sur investissement le plus clair reste côté entreprise.
En parallèle, la 6G commence à structurer les feuilles de route. Sans rupture brutale : elle s’appuiera sur la 5G SA, les opérations cloud-natives et l’AI-RAN, avec des premières bases commerciales attendues autour de 2030.
L’IA dans les réseaux : sortie du laboratoire, entrée dans l’opérationnel
C’est probablement le changement le plus concret du MWC 2026. L’IA ne se cantonne plus à l’analyse, elle entre dans la boucle d’exploitation des réseaux.
La majorité des opérateurs se situe encore aux niveaux 1-2 (dashboards, décisions assistées par l’humain). Le niveau 3 (automatisation en boucle fermée, optimisation énergie et pannes, contrôle partiel du RAN) est en cours de déploiement. Le niveau 4, ambition affichée par SK Telecom et ZTE notamment, implique une IA agentique prenant des décisions en temps réel à travers plusieurs couches du réseau.
Ce passage soulève une question que le secteur commence à formuler clairement : que se passe-t-il quand l’humain sort de la boucle ? La gestion du risque aux niveaux 4 et 5 reste un chantier ouvert.
Du côté des usages grand public, Opensignal chiffre l’état de préparation des réseaux : 89 % des connexions mobiles dans les pays à revenus élevés sont compatibles avec une utilisation fiable des LLMs, contre 49 % dans les pays à faibles revenus. L’émergence des agents IA autonomes, des lunettes connectées et des robots humanoïdes va imposer des exigences nouvelles (latence inférieure à 30 ms, montée en puissance de l’uplink) sur des réseaux historiquement dimensionnés pour le download.
Satellites : des annonces nombreuses, une réalité encore limitée
Les annonces NTN ont été nombreuses au MWC 2026 : partenariat D2D entre Deutsche Telekom et Starlink, lancement de “Satellite Connect Europe” par Vodafone, Orange et Telefónica, premier modem 3GPP Release 19 NTN-ready de Qualcomm, enveloppe de 100 millions d’euros de l’ESA et du GSMA Foundry.
Mais le direct-to-device reste, pour l’instant, un service limité : SMS d’urgence dans la plupart des marchés, latence élevée, débits faibles, spectre contraint. Le potentiel pour réduire le gap de couverture qui affecte encore 300 millions de personnes est réel. La réalité opérationnelle, elle, n’est pas encore au niveau des annonces.
Les services Starlink fixes progressent, eux, de façon plus concrète : en zones rurales, la part de marché est passée de 12,9 % à 20,9 % en Australie et de 8,5 % à 14,6 % au Canada entre fin 2024 et fin 2025. Un signal commercial à surveiller.
Le MWC 2026 ne dessine pas une rupture. Il documente un secteur qui assume ses contraintes, affine ses arbitrages et commence à produire des résultats mesurables — là où il en produisait surtout des promesses.
Walid Naffati