
Solecrypt, entreprise spécialisée dans les infrastructures digitales vertes, a signé le 3 février dernier à Tunis, un protocole d’accord stratégique avec Schneider Electric, leader mondial des solutions pour les data centers et la gestion de l’énergie. L’annonce a été faite en marge de la 3e édition de l’Africa Datacenters & Cloud Days (ADCD).
Entreprise à capitaux de la diaspora, Solecrypt se positionne comme un acteur tuniso-britannique, avec un siège à Londres et des opérations en Tunisie. Son ambition est claire. Faire de la Tunisie un véritable pont numérique entre l’Afrique et l’Europe, en s’appuyant sur des infrastructures sobres en carbone et une exploitation massive des énergies renouvelables.
Un premier data center vert à Bizerte
Selon Emir Ben Gessem, co-fondateur et CEO de Solecrypt, le projet repose sur le développement de data centers alimentés principalement par de l’énergie solaire. Un premier site pilote de 60 MW est déjà en préparation et devrait entrer en production l’année prochaine. Il alimentera un data center implanté à Bizerte, un choix dicté par la proximité géographique avec l’Europe. L’objectif est d’atteindre des temps de latence inférieurs à 10 millisecondes vers Marseille, aujourd’hui considéré comme l’un des grands hubs numériques de la Méditerranée, notamment en matière de câbles sous-marins et d’interconnexion.
Au-delà du premier site, Solecrypt prévoit de déployer d’autres centres de données à travers le pays, en combinant production d’énergie verte dans le sud et implantation de data centers dans des zones au climat plus tempéré, proches des infrastructures de fibre optique.
Exporter du « compute » comme une ressource stratégique
La vision portée par Solecrypt est industrielle. Il ne s’agit plus seulement d’exporter des produits agricoles, mais aussi de la capacité de calcul, considérée comme une ressource clé de l’industrie 4.0. La Tunisie pourrait ainsi valoriser sa position géographique et son potentiel énergétique pour devenir un fournisseur régional de services numériques à forte valeur ajoutée.
Schneider Electric mise sur le solaire et le liquid cooling
Du côté de Schneider Electric, Amine Bencheckroun, vice-président Secure Power & Data Center pour l’Afrique francophone, parle d’une étape structurante. Le partenariat prévoit le déploiement de data centers de plusieurs dizaines de mégawatts, adossés à des fermes solaires et intégrant des solutions avancées de supervision énergétique et de refroidissement, notamment le liquid cooling.
Selon lui, le potentiel solaire tunisien permet d’envisager des data centers fonctionnant en grande partie en quasi-autarcie énergétique. Le surplus d’électricité pourrait être stocké dans des batteries, transformé via des systèmes alternatifs de stockage ou réinjecté dans le réseau national, réduisant ainsi l’empreinte carbone globale.
Vers un modèle énergétique hybride
Si le 100 % solaire reste un objectif ambitieux, Schneider Electric souligne la nécessité d’un modèle hybride, notamment face à la montée en puissance des GPU et des charges de calcul liées à l’IA. L’évolution des technologies de stockage, batteries plus denses ou solutions alternatives comme la compression, jouera un rôle clé dans la viabilité à long terme de ces infrastructures.
Avec ce partenariat, Solecrypt et Schneider Electric posent les bases d’un nouveau modèle de data centers en Tunisie, combinant souveraineté numérique, transition énergétique et attractivité internationale. Un signal fort pour un pays qui cherche à se repositionner dans la chaîne de valeur du numérique à l’échelle euro-africaine.
W.N