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Tribune : Comment 2025 façonne le mobile en 2026

À propos de l’auteur de cette tribune envoyée à THD

Dario Betti est CEO du Mobile Ecosystem Forum (MEF), une organisation professionnelle mondiale fondée en 2000 et basée au Royaume-Uni, regroupant des membres à travers le monde. Voix indépendante de l’écosystème mobile, le MEF se concentre sur les bonnes pratiques intersectorielles, la lutte contre la fraude et la monétisation. Le Forum offre à ses membres des plateformes internationales de networking, de collaboration et de développement de solutions industrielles.


À travers les événements, les études et les échanges entre membres du Mobile Ecosystem Forum (MEF), un constat s’est imposé en 2025 : le mobile est en train d’être reconstruit autour de trois piliers clés : la confiance, l’automatisation et des expériences utilisateur plus riches.

En 2026, ces tendances vont s’accentuer et transformer en profondeur la manière dont les réseaux sont exposés, dont les marques interagissent avec leurs clients, et dont les utilisateurs paient, prouvent leur identité et se protègent.

L’identité numérique entre dans le grand public : des pilotes aux politiques publiques

L’authentification et l’identité numérique sont passées d’ajustements progressifs à des changements structurels. Lors de l’événement MEF Connects: ID & Wallets à Londres, les leaders du secteur ont convergé sur un point : l’identité décentralisée et les portefeuilles numériques nationaux basculent désormais du stade expérimental vers des politiques publiques. Le portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet) devrait jouer un rôle catalyseur et fixer des standards dès 2026.

Les échanges ont été lucides sur les nouvelles menaces, notamment les prises de contrôle de comptes facilitées par les deepfakes. La réponse est claire : des biométries renforcées avec détection de présence réelle (liveness detection), associées à des signaux réseau capables de lier une identité numérique à un utilisateur réel.

Au-delà du MEF, les forums politiques américains suivent de près la modernisation de l’authentification, l’introduction des passkeys et l’amélioration des processus de vérification dans les services publics et privés. L’identité est désormais considérée comme une infrastructure nationale, et non plus comme un simple sujet IT.

Le défi clé pour 2026 reste la monétisation : les solutions d’identité ne pourront changer d’échelle que si le secteur s’accorde sur leur modèle de financement.

APIs réseau : la connectivité programmable progresse, prudemment

Les APIs réseau sont passées du discours marketing à une réalité commerciale. L’authentification reste le principal cas d’usage monétisé, mais des démonstrations menées par Orange et Colt en 2025 ont montré des applications capables de demander une “qualité de service à la demande” et de programmer le comportement du réseau en temps réel, aussi bien sur le mobile que le fixe.

Ces APIs pourraient-elles devenir la nouvelle interface commerciale des télécoms, permettant à des usages comme l’IA, le cloud gaming ou la télé-robotique de négocier la latence et le débit au lieu de subir un service “best effort” ? Le potentiel existe, mais la demande reste prudente. Les modèles tarifaires traditionnels des opérateurs, basés sur des frais unitaires d’authentification, s’adaptent mal aux logiques d’abonnement ou de volumes propres au SaaS.

Le programme Open Gateway couvre désormais près de 80 % des abonnés mobiles dans le monde et s’élargit au-delà des APIs anti-fraude vers la performance et le calcul réseau. En 2026, la monétisation et les partenariats de distribution seront déterminants.

Messagerie A2P : montée en puissance du RCS, croissance de WhatsApp, stagnation du SMS

La messagerie professionnelle a connu en 2025 son année la plus décisive depuis une décennie. Le déploiement d’iOS 18 par Apple a fait du RCS le standard par défaut pour la messagerie inter-plateformes, propulsant les États-Unis à près d’un milliard de messages RCS entre particuliers par jour et permettant des échanges enrichis entre iPhone et Android.

Pour les entreprises, cela ouvre la voie à des conversations vérifiées et brandées via le RCS Business Messaging. WhatsApp poursuit sa croissance mondiale comme moteur de messagerie A2P, avec Meta annonçant des revenus annualisés de plusieurs milliards de dollars. Les analyses du MEF nuancent toutefois les projections les plus optimistes.

Le constat est clair : en 2026, la messagerie sera véritablement hybride. Le RCS propose des expériences à grande échelle alignées avec les opérateurs, WhatsApp stimule le commerce et la relation client conversationnelle, tandis que le SMS reste indispensable pour sa portée universelle, même si sa croissance est freinée par la fraude et des politiques tarifaires agressives.

La prédiction pour 2026 est sans appel : le SMS devra éliminer les acteurs et pratiques frauduleuses pour survivre.

Lutte contre la fraude : la confiance et la coopération au premier plan

Opérateurs, plateformes CPaaS et régulateurs se sont mobilisés en 2025 contre le smishing, les trafics artificiellement gonflés et les arnaques dopées à l’IA. Un consensus se dessine : partager plus rapidement les signaux, standardiser la vérification des expéditeurs et trouver un équilibre entre action réglementaire et chartes sectorielles. Plusieurs leaders du CPaaS ont signé un mémorandum pour coordonner le partage de données et les pratiques anti-menaces liées à l’IA.

En 2026, on peut s’attendre à des contrôles renforcés contre le spoofing et à une meilleure interconnexion entre la vérification des messages, les signaux de fraude bancaire et les APIs opérateurs comme la détection de SIM swap ou la vérification de numéros. La confiance devient une exigence systémique, et non plus un simple ajout.

Wholesale télécoms : innovation, échelle et efficacité

Le segment wholesale a gagné en dynamisme grâce à l’eSIM voyage, au roaming 5G et à la standardisation de l’IoT. Les forums du MEF ont mis en avant une approche pragmatique : monétiser le roaming à l’ère de l’eSIM, simplifier la complexité IoT via des APIs et formats de CDR communs, et moderniser la voix pour préserver la valeur face à l’évolution de la fraude.

Les solutions satellite-to-mobile, longtemps marginales, sont devenues un complément stratégique central, redéfinissant l’économie de la couverture. En 2026, les gagnants seront les acteurs wholesale capables d’offrir en libre-service l’analytique roaming et le provisioning IoT, tout en intégrant les signaux de qualité d’Open Gateway dans les SLA entreprises. Malgré sa maturité, le wholesale reste un segment innovant.

Facturation opérateur (DCB) : revenus, conformité et conversion

La facturation opérateur a résisté à la concurrence des cartes et des portefeuilles numériques et reste essentielle pour l’inclusion numérique et les revenus incrémentaux, notamment dans les marchés mobile-first. En 2025, le DCB a progressé grâce à une meilleure conformité, des contenus premium et une présence élargie dans les app stores, avec des prévisions de croissance à deux chiffres.

En 2026, les opérateurs étendront le DCB comme moyen de paiement pleinement licencié, en l’associant à des contrôles anti-fraude et à une tarification transparente. Les marchands l’utiliseront comme levier de conversion dans le gaming, le streaming et les micro-abonnements, et non plus comme simple solution alternative.

Paiements mobiles : intégration, inclusion et croissance

Les paiements mobiles croisent de plus en plus la messagerie, l’identité et l’inclusion financière. La messagerie vérifiée réduit les risques d’arnaque, les APIs réseau renforcent l’authentification, et le mobile money combiné au DCB élargit l’accès aux services. La feuille de route 2026 du MEF met l’accent sur des solutions de mobile money plus attractives pour les commerçants et sur le renforcement du cadre réglementaire du DCB, confirmant son rôle comme pilier de croissance et d’inclusion.

Régulation : du contrôle à la structuration du marché

La régulation évolue d’un rôle de surveillance vers un rôle de structuration du marché. Aux États-Unis, les choix politiques sur la messagerie, les tarifs et la vérification conditionneront la création de valeur dans un contexte de convergence des canaux. En Europe, la lutte contre la fraude est devenue prioritaire, avec des interventions régulières sur la messagerie et la voix. En Afrique, les systèmes de règlement transfrontaliers illustrent comment une régulation coordonnée et une action réseau peuvent réduire les frictions à grande échelle.

L’année 2026 verra davantage de co-régulation structurée, associant chartes industrielles et mécanismes de sanction, ainsi qu’une montée en puissance des portefeuilles nationaux et des initiatives d’appels de confiance, plaçant l’identité et le consentement au cœur du dispositif.

La confiance comme principe structurant

Tout au long de 2025, la confiance s’est imposée comme le principe organisateur de l’écosystème mobile. Les événements du MEF ont souligné qu’en l’absence de confiance des consommateurs et des entreprises, les canaux avancés et les APIs ne délivreront pas leur plein potentiel. Les réponses du secteur, qu’il s’agisse de la vérification des agents en RCS, des registres d’identifiants d’expéditeurs, du partage d’intelligence anti-fraude ou des biométries respectueuses de la vie privée, dessinent un écosystème mobile plus résilient pour 2026.

Perspectives

La convergence est désormais concrète, et non plus théorique. Les briques d’identité intègrent des signaux réseau, les parcours de messagerie débouchent sur des paiements, les équipes wholesale intègrent la qualité API dans le roaming, et les développeurs considèrent les réseaux comme des ressources programmables. La tendance pour 2026 est nette : moins de pilotes, plus de déploiements commerciaux ; moins de silos, plus de plateformes interopérables ; et un écosystème mobile de plus en plus défini par la confiance, bien plus que par la seule technologie.

Dario Betti
CEO du Mobile Ecosystem Forum (MEF)

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