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Anniversaire de la 5G en Tunisie : succès sur le fixe, frein sur les smartphones et quand la “vraie” 5G ?


Adoption record de la 5G fixe en Tunisie, saturation des anciens réseaux, blocage autour de la 3G, frein lié aux smartphones, débat technique NSA vs SA, enjeux B2B et souveraineté face aux satellites LEO, ce sont là les sujets qui ont été abordés lors de l’épisode 186 du podcast DigiClub, powered by Huawei, Ooredoo Business et Bac Pay, avec comme invité Ibrahim Arfaoui, Directeur du département Radio chez Huawei Tunisie.

Un lancement 5G au-delà des prévisions

Un an après son lancement commercial, la 5G affiche des résultats que peu d’acteurs anticipaient à ce rythme. Alors que les projections initiales tablaient sur 80 000 à 90 000 foyers connectés durant la première année, le cap des 200 000 foyers a été franchi en seulement 10 à 11 mois. Un niveau d’adoption qui dépasse largement les estimations du marché.

Ce succès est porté principalement par la 5G Fixed Wireless Access, la 5G à domicile via box, davantage que par l’usage mobile. Mais avant même l’introduction de la 5G, la Tunisie affichait un taux de connectivité élevé dans son environnement régional.

Sur environ 3,2 millions de foyers :

  • 1,2 million étaient connectés via ADSL ou VDSL
  • Environ 500 000 utilisaient la 4G fixe

Près de 50 % des foyers tunisiens étaient donc déjà connectés à Internet avant l’arrivée de la 5G

Selon les analyses partagées par Ibrahim Arfaoui, entre 600 000 et 700 000 foyers non connectés disposent d’une capacité financière suffisante pour s’abonner à une offre fixe autour de 50 dinars par mois. Au total, le marché potentiellement connectable en Tunisie est estimé entre 2,3 et 2,4 millions de foyers sur les 3,2 millions existants.

Au-delà de la 5G elle-même, un effet indirect majeur est à souligner : la 5G a stimulé l’ensemble du marché du fixe, y compris la fibre optique. Selon Ibrahim Arfaoui, l’arrivée de la 5G a créé un électrochoc commercial et concurrentiel qui a boosté les ventes fibre. Face à une alternative sans fil performante, les opérateurs ont accéléré leurs offres FTTH et revu leurs catalogues à la hausse.

65 % de couverture 5G, mais un frein côté smartphone

La demande en très haut débit devient structurelle. Streaming simultané, gaming en ligne, télétravail ou caméras de surveillance connectées : dans de nombreux foyers, deux usages intensifs suffisent à saturer une ligne ADSL ou une connexion 4G fixe.

Ce contexte explique la disparition progressive des offres 20 ou 30 Mbps au profit du 100 Mbps et plus. La 5G n’a donc pas seulement apporté une nouvelle technologie, elle a contribué à tirer vers le haut tout le marché de la connectivité fixe en Tunisie. La 5G s’impose donc comme une solution rapide pour absorber la croissance des usages?

Selon des données tierces citées dans l’épisode, environ 65 % de la population bénéficie déjà d’une couverture 5G. Le Grand Tunis approche une couverture quasi totale. Pourtant, le nombre d’utilisateurs mobiles en 5G reste limité.

Le véritable goulot d’étranglement est aujourd’hui le terminal. La pénétration des smartphones 5G demeure encore modeste. Les modèles d’entrée de gamme existent, mais ne répondent pas toujours aux exigences en termes de performance ou de stockage.

La 3G toujours active, un blocage structurel

En Tunisie, plus de 85 % des téléphones sont compatibles 4G. Sur le plan technique, rien ne justifie le maintien de la 3G en 2026.

Le blocage viendrait principalement d’un parc important de terminaux de paiement électronique fonctionnant uniquement en 3G. La Banque centrale de Tunisie a adressé une note aux banques leur demandant de remplacer leur parc de TPE de vieilles générations par des terminaux compatibles 4G ou 5G avant fin 2027, date provisoire annoncée pour l’arrêt de la 3G en Tunisie (lire notre article).

La récupération des fréquences 3G permettrait de renforcer la couverture 5G, notamment à l’intérieur des bâtiments, tout en améliorant l’efficacité énergétique des réseaux.

NSA aujourd’hui, SA demain

La 5G actuellement déployée en Tunisie est en mode NSA, Non-Standalone, c’est-à-dire qu’elle s’appuie sur le cœur de réseau 4G existant. Il s’agit d’un standard de transition reconnu et validé par le 3GPP. La transition vers la 5G SA, Standalone, est envisagée dans un horizon de 2 à 3 ans.

Les bénéfices attendus sont multiples :

  • Réduction significative de la latence, pour atteindre des niveaux comparables à ceux de la fibre optique
  • Meilleure autonomie des smartphones
  • Optimisation énergétique
  • Possibilité de déployer des cœurs de réseau locaux afin de réduire davantage la latence

Pour les entreprises, la 5G SA ouvre la voie à des usages critiques : cloud sécurisé, entrepôts intelligents, automatisation industrielle, contrôle en temps réel.

Satellites LEO et souveraineté numérique

L’arrivée des satellites en orbite basse relance le débat sur la complémentarité ou la concurrence avec les réseaux terrestres. En Tunisie, la couverture 4G dépasse déjà 99 % de la population. Les zones blanches concerneraient environ 60 000 personnes.

La question devient donc moins technologique que réglementaire et stratégique : comment intégrer ces nouveaux acteurs tout en préservant la souveraineté numérique et l’équité fiscale ? Un modèle de distribution via les opérateurs locaux apparaît comme une piste plus équilibrée qu’une commercialisation directe (lire notre article : Starlink ouvre les “précommandes” en Tunisie avec un acompte de 9 dollars, lancement commercial annoncé en 2026).

Un an après son lancement, la 5G tunisienne affiche une dynamique solide, en particulier sur le segment fixe. Les prochains défis porteront sur la migration hors 3G, le renouvellement du parc smartphone, la préparation du passage en 5G SA et l’encadrement des acteurs satellitaires.

Pour écouter l’épisode en audio c’est sur SoundCloud ou en vidéo sur Youtube.

Walid Naffati

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