
Au Mobile World Congress 2026, l’intelligence artificielle n’est plus un simple argument marketing. Elle est devenue le cœur des démonstrations, des keynotes et des annonces stratégiques. Mais derrière les slogans “AI-native” et “Agentic AI”, que révèle réellement l’état du marché ? Le rapport AI Survey 2026 publié par Mobile World Live apporte un éclairage intéressant sur la maturité réelle de l’industrie.
L’IA sort des laboratoires
Premier constat : l’IA n’est plus expérimentale. Dans la gestion des réseaux, l’industrie bascule progressivement vers l’automatisation avancée. Le rapport montre que l’IA prédictive reste dominante aujourd’hui, mais l’agentic AI progresse rapidement. 41 % des organisations testent déjà des technologies agentiques, tandis que 25 % déploient des agents dans certaines fonctions.
Cela signifie une chose : les opérateurs ne se contentent plus d’analyses prédictives. Ils expérimentent des systèmes capables d’agir de manière autonome, notamment pour :
- l’optimisation réseau
- la détection d’anomalies
- la réduction des incidents
- l’automatisation du support
L’objectif reste cependant pragmatique : efficacité opérationnelle et réduction des coûts avant toute révolution commerciale.
Service client : l’automatisation progresse, mais reste encadrée
Le service client demeure le terrain d’adoption le plus avancé. Selon le rapport, 25 % des répondants ont déjà atteint un niveau d’automatisation significatif sur certains canaux. Mais la majorité reste en phase de test ou de déploiement progressif.
Même constat pour l’agentic AI dans le parcours client : aujourd’hui, 40 % des organisations indiquent que les agents gèrent entre 0 et 10 % du parcours client. Dans deux ans, la majorité anticipe un passage vers 10 à 25 %. En clair, la trajectoire est ascendante, mais prudente. Les opérateurs cherchent à augmenter la disponibilité 24/7, accélérer les temps de réponse et améliorer la cohérence omnicanale. En revanche, les usages plus complexes comme la tarification dynamique ou l’automatisation massive des décisions commerciales restent secondaires.
Au MWC 2026, un autre thème s’impose clairement : la souveraineté des données. 62 % des répondants considèrent les risques liés à la souveraineté et à la confidentialité comme un frein majeur aux projets IA dans le clo49 % jugent l’IA très importante pour la sécurité des réseau.
Autrement dit, l’IA n’est pas seulement un levier d’efficacité. Elle devient un enjeu d’infrastructure critique.
Le débat ne porte plus uniquement sur “faut-il adopter l’IA ?” mais sur :
- où exécuter les workloads
- comment garantir la conformité
- comment protéger les données sensibles
- comment éviter la dépendance excessive aux hyperscalers
Ce glissement est visible dans les stands du MWC : cloud hybride, edge computing, confidential computing et data sovereignty dominent les discours.
Une transition vers l’IA infrastructure
Ce que montre le MWC 2026, confirmé par le rapport, c’est un changement de posture. L’IA ne relève plus du département innovation. Elle touche désormais :
- le cœur du réseau
- le BSS
- la cybersécurité
- l’expérience client
- la monétisation
Elle devient une couche transversale de l’architecture opérateur. Mais la prudence reste forte. Les principaux freins identifiés sont les systèmes legacy, la fragmentation des données, la disponibilité des compétences et les risques réglementaire. L’industrie avance, mais sans rupture brutale.
Et pour la Tunisie ?
Pour les opérateurs tunisiens, la question n’est plus de savoir si l’IA arrivera. Elle est déjà là. La vraie interrogation est stratégique :
- Va-t-on limiter l’IA à l’optimisation des coûts et au support client ?
- Ou l’intégrer comme socle de transformation réseau, sécurité et monétisation ?
- La souveraineté numérique sera-t-elle intégrée dès la conception des architectures IA ?
- Le MWC 2026 marque une étape claire : l’ère de l’IA “assistée” laisse place à une IA de plus en plus autonome, mais encore encadrée.
Le virage est engagé. Le vrai test sera l’exécution !
Walid Naffati