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Peu de femmes dans le forum tunisien de la gouvernance d’Internet

Les femmes peu nombreuses dans le forum tunisien de la gouvernance d’Internet

Le Groupe Consultatif Multi-acteurs (MAG) du Forum national de la gouvernance d’Internet a été officiellement nommé le samedi dernier à la Technopole El Ghazala suite à un congrès constitutif sous l’égide du ministère des Technologies de l’information et de la communication.

Les femmes peu nombreuses dans le forum tunisien de la gouvernance d’Internet Le Groupe Consultatif Multi-acteurs (MAG) du Forum national de la gouvernance d’Internet a été officiellement nommé le samedi dernier à la Technopole El Ghazala suite à un congrès constitutif sous l’égide du ministère des Technologies de l’information et de la communication.

La création de ce MAG vient suite à des mois de travail d’une commission constituante qui a préparé la tenue de ce congrès ainsi que les conditions d’élection des membres de ce premier groupe consultatif. 

Le Forum national de la gouvernance d’Internet (IGF) est un espace de débat multilatéral sur des questions pertinentes de l’Internet en Tunisie en général et la gouvernance d’Internet en particulier. Il vise à étudier les propositions pour améliorer le Web en Tunisie en soulevant des problématiques telles que la neutralité ou le respect de la vie privée sur le Net, pour les présenter, par la suite, aux instances gouvernementales afin de modifier la législation en vigueur. Une sorte de task force, donc, pour la pérennité de l’Internet national.

Ce forum se base sur des principes fondamentaux tels que le multilatéralisme (tous les efforts doivent être faits pour encourager toutes les catégories d’intervenants à participer activement au Forum) et la transparence (les intervenants doivent être ouverts dans les communications, les décisions et leur mise en œuvre). Mais par dessus tout : le principe de l’ouverture. En effet, toutes les entités, les organisations et les institutions qui sont parties prenantes dans le domaine de la gouvernance d’Internet sont libres de rejoindre le forum.

Le congrès présidé par Raouf Chekir

Le congrès présidé par Raouf Chekir

Des petits soucis d’organisation à surmonter

C’est la raison d’être de ce groupe qui travaillera sur la tenue, chaque année, du forum de l’IGF tunisien. Il est élu pour deux ans et il est composé de ministères et d’institutions de nature gouvernementale, du milieu académique et universitaire, et d’institutions du secteur privé et de la société civile.

Trois personnes doivent siéger pour chaque catégorie, soit 12 membres sur 13. Le treizième est en effet un membre permanent qui représentera le secrétariat de l’IGF. Pour des raisons de neutralité et bien que la formation de cet IGF ait été l’initiative du ministère des TIC, c’est finalement l’Instance Nationale des Télécommunications (INT) qui a été chargée d’assurer ce poste.

Après avoir souhaité la bienvenue aux invités et à la commission constituante, Raouf Chekir, président de ce premier congrès (personne très connue et respectée dans le monde des télécoms en Tunisie), a appelé à l’indulgence des présents quant aux imperfections du processus d’élection de ce premier MAG. D’autant plus que dans la catégorie ‘milieu académique et universitaire’ la commission n’a réussi à nommer que deux personnes sur les trois places disponibles. «Mais on pense que le MAG qu’on va élire aura tout le temps nécessaire ainsi que tous les moyens financiers pour mettre en place le processus adéquat pour réussir l’organisation des prochaines élections», a-t-il déclaré.

Mauvais timing, peu de communication

Pourtant, une des présentes n’a pas manqué l’occasion pour interpeler les organisateurs de cet événement : «Il y a peu de participants aujourd’hui pour le vote. Je trouve que c’est un très mauvais timing surtout qu’aujourd’hui il y a la clôture du forum social mondial à Tunis. Vous n’avez même pas assez de postulants pour la catégorie des universitaires. Je pense qu’il y a un grave problème de communication». Tout en lui donnant raison sur ce dernier point, M. Chekir a tenu à préciser que dans cette catégorie, plusieurs dossiers non conformes ont été refusés par la commission constituante. 

«De plus, il y a eu un jeu de circonstances qui a fait qu’on ne pouvait pas communiquer sur ça», nous a avoué un membre de cette commission. «On comptait bien faire appel aux médias. Mais il y a eu de graves évènements dans le pays (l’assassinat de Chokri Belaid, ndlr). Le message serait passé inaperçu et serait, par dessus tout, inopportun». 

Les candidats retenus par la commission se sont par la suite alternés au micro pour se présenter et défendre leur candidature. La majorité d’entre eux sont des pointures dans le domaine des TIC en Tunisie. La crème de la crème de l’IT national et voire même à l’international. On regrettera toutefois la quasi-absence féminine dans ce panel. Une seule candidate dans la catégorie «ministères et institutions de nature gouvernementale». Elle s’appelle Wafa Dahmani et est chargée de la gestion des noms de domaines à l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI).

Wafa Dahmani défend sa candidature

Wafa Dahmani défend sa candidature

Dans une tentative de booster la présence féminine dans ce MAG, la régulateur a alors nommé Sihem Trabelsi, Chef de la division QoS et Internet à la direction de l’Interconnexion, de l’Accès et de l’Internet chez l’INT, au poste de secrétariat du MAG.

Une polémique éclate lors du résultat

Sur les 43 votants, 3 voix ont été annulées pour non conformité de la fiche. Chaque inscrit au congrès devait, en effet, cocher 3 noms dans chaque catégorie, même si l’une d’elle ne présente que deux noms (qui sont, d’office, acceptés). Mais vu que Nebil Jemli s’est absenté (et n’a pas, donc, défendu sa candidature pour la catégorie ‘milieu académique et universitaire’), ces 3 votants n’ont pas coché son nom. Ce qui est contraire au réglement de la commission constituante.

Les résultats sont, donc, comme suit : 

– Ministères et institutions de nature gouvernementale : Fayçal Bayouli (cadre du ministère des TIC, 37 voix), Wafa Dahmani (chargé des noms de domaine à l’ATI, 30 voix), Zied Rouissi (chef unité au CIFODECOM, 29 voix).

– Milieu académique et universitaire (40 voix chacun) : Nabil Jemli (Technologue en Informatique) et Farouk Kammoun (Membre fondateur de l’Arab Internet Institute).

– Institutions du secteur privé : Khaled Koubaa (Manager chez Google, 31 voix), Mohamed Garbouj (directeur d’une Startup offshore et ex directeur chez Orange Tunisie/Planet, 21 voix), Nefaâ Laâribi (avocat spécialisé dans les noms de domaine, 20 voix).

– Société civile : Atef Loukil (ex-cadre de l’ATI et actuel responsable développement business dans une grande société TIC tunisienne, 34 voix), Adel Aleya (directeur exécutif de iegroup, 25 voix) et enfin, ex æquo à 21 voix chacun, Guellouz Ridha (Retraité, Président de l’Association Tunisienne des TIC) et Mondher Laabidi (expert international en TIC auprès des Nations Unies).

C’est alors qu’une mini polémique a éclaté. La commission constituante n’a pas, en effet, prévu une telle situation dans l’élaboration du processus d’élection du 1er MAG. 

Khaled Koubaa défend sa candidature au MAG

Khaled Koubaa défend sa candidature au MAG

Pour départager les deux candidats, M. Chekir a alors opté pour une pratique connue dans les concours organisés par les administrations tunisiennes : le candidat le plus âgé sera retenu. Une décision qui a été fortement contestée par Jazem Hlioui, représentant du groupe OpenGov TN, groupe militant pour la transparence. «Pourquoi on ne donne pas la chance aux plus jeunes ? C’est Internet bon sang !». 

Pour calmer les tensions et après consultation avec M. Guellouz et le président du congrès, M. Laabidi a alors cédé sa place à son collègue, par respect pour son âge. «Mais puisque je suis aussi professeur universitaire, M. Chekir a accepté que je remplisse la 3ème place vacante dans la catégorie ‘milieu académique et universitaire’. Je vais présenter les justificatifs nécessaires à la première réunion du MAG pour qu’on étudie ma proposition», a-t-il déclaré. 

Ce premier MAG devra organiser son premier forum lors de la rentrée prochaine. D’ici là, il devra mettre en place toutes les procédures de travail nécessaires à son organisation (règlement interne, financement, etc.).

Welid Naffati

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