
Selon le tableau de bord trimestriel du premier trimestre 2026 de l’Instance Nationale des Télécommunications (INT), les opérateurs télécoms ont profité d’une croissance désormais tirée par le très haut débit fixe.
Le chiffre d’affaires global, quant à lui, s’est établi à 1 024,9 millions de dinars, en hausse de 6,5 % sur un an. C’est la première fois, pour un premier trimestre, que le secteur dépasse le seuil du milliard de dinars. Le régulateur précise que ces montants demeurent provisoires, dans l’attente de leur validation par les commissaires aux comptes.
Derrière ce retour de la croissance se dessine une recomposition des revenus, qui ne reposent plus sur le nombre d’abonnés, globalement stable, mais sur la valeur des usages. Le marché tunisien compte près de 14,9 millions d’abonnements mobiles, pour un taux de pénétration de 123,1 % de la population, un niveau qui laisse peu de marge au recrutement de nouveaux clients.

Tunisie Telecom en tête
La hiérarchie du marché demeure inchangée. En intégrant leur activité de fournisseur d’accès à Internet, Tunisie Télécom enregistre 362,0 millions de dinars de chiffre d’affaires sur le trimestre, en progression de 9 % sur un an. Ooredoo Tunisie suit avec 356,2 millions de dinars (+8 %), devant Orange Tunisie, à 209,3 millions de dinars (+4 %).
L’opérateur historique conserve donc sa première place, avec la plus forte croissance des trois grands acteurs.
La répartition du chiffre d’affaires par service éclaire l’origine de cette reprise. La data fixe représente désormais 35 % des revenus du secteur, soit 360,9 millions de dinars, et devance pour la première fois la data mobile, à 33 % (339,0 millions de dinars). La téléphonie mobile recule à 24 %, tandis que la téléphonie fixe ne pèse plus que 2 % des revenus. Sur un an, le chiffre d’affaires de la data fixe a progressé de 10 %, celui de la data mobile de 8 %.
L’essor de l’accès fixe sans fil
La progression du fixe tient en grande partie à une technologie récente, l’accès fixe sans fil (FWA), adossé à la 5G. Lancé en février 2025 avec un parc inférieur à 10 000 lignes, il dépasse les 277 600 abonnements un an plus tard, selon l’INT. Son trafic est passé de 8 pétaoctets au premier trimestre 2025 à 256 pétaoctets au premier trimestre 2026.
Cette montée en charge accompagne une recomposition du parc fixe. L’ADSL poursuit son repli, à 461 000 abonnements, contre 639 000 un an plus tôt et 869 000 deux ans auparavant. La fibre optique jusqu’au domicile (FTTH) double sur la même période, à 222 000 lignes. Le marché du fixe ne se contracte pas, mais change de support, à mesure que le cuivre s’efface au profit de la fibre et du sans-fil. Les revenus moyens par abonné traduisent cet écart de valeur : 38,2 dinars par mois pour l’ADSL, 53,8 dinars pour le FWA et 75,8 dinars pour la FTTH.

Des usages mobiles polarisés
Sur le mobile, la consommation reste fortement contrastée. Selon le régulateur, 85,5 % des activations de data portent sur des paliers inférieurs ou égaux à 1 gigaoctet, mais ces usagers ne génèrent que 26,3 % des revenus d’activation. À l’inverse, le palier des forfaits de 25 gigaoctets et plus ne représente que 4,8 % des activations, pour 43,8 % des revenus. Une minorité d’usagers intensifs concentre ainsi l’essentiel de la valeur.
Cette polarisation s’accentue. Sur un an, les revenus issus des activations de 25 gigaoctets et plus ont augmenté de 20,2 %, contre 3,7 % pour les forfaits inférieurs à ce seuil. La consommation mensuelle moyenne de data sur smartphone atteint 10,4 gigaoctets, en hausse continue.
Le déclin de la voix, la modernisation des terminaux
La transition vers la data s’accompagne d’un effacement de la voix fixe. Son trafic national est passé de 68 millions de minutes au premier trimestre 2024 à 39 millions au premier trimestre 2026, soit une baisse de plus de 40 % en deux ans. Le revenu moyen par abonné pour la voix fixe est tombé à 1,5 dinar par mois.
Le parc de terminaux poursuit sa modernisation. Les smartphones représentent 72,3 % des appareils actifs, dont 84 % compatibles 4G et 9 % compatibles 5G, soit 728 000 terminaux. La pénétration des smartphones atteint 64 % de la population, et 85 % des terminaux acceptent plusieurs cartes SIM. Le segment professionnel confirme sa progression, avec un chiffre d’affaires de 346,9 millions de dinars (+10,7 % sur un an), près de 34 % des revenus du secteur.

Une transition aux échos régionaux
Le trimestre tunisien illustre des dynamiques observables dans d’autres marchés télécoms à infrastructure contrainte, au Maghreb comme en Afrique subsaharienne. L’essor du FWA montre comment le sans-fil fixe peut apporter du haut débit à grande échelle en quelques trimestres, sans les délais et les coûts du déploiement filaire, dans des contextes où le dernier kilomètre reste un obstacle.
La structure des revenus traduit, par ailleurs, un déplacement de la croissance vers la valeur des usages data, à mesure que la pénétration mobile plafonne et que la voix se déprécie. Le métier d’opérateur se concentre désormais sur la connexion à haut débit, fixe ou mobile, et sur sa monétisation, autour de laquelle gravitent les services hérités. Le premier trimestre 2026 ne marque pas seulement le retour de la croissance en Tunisie : il confirme que celle-ci se joue sur la valeur du débit davantage que sur le nombre de lignes.
Walid Naffati
Source : Instance Nationale des Télécommunications (INT), tableau de bord trimestriel TR1-2026. Chiffres d’affaires provisoires jusqu’à validation par les commissaires aux comptes.