
C’est via la page LinkedIn de l’entreprise estonienne Cybernetica que l’information a été annoncée : son CEO, Oliver Väärtnõu, a rencontré le ministre tunisien des Technologies de la Communication, Sofiene Hemissi. Cybernetica a par ailleurs annoncé sur son site web la signature d’un contrat avec les ministères tunisiens des Technologies de la Communication et de l’Économie et de la Planification, lançant officiellement la Phase 2 de la Plateforme Nationale d’Interopérabilité.
Cette plateforme vise à interconnecter les systèmes informatiques des administrations et institutions publiques tunisiennes pour permettre l’échange de données en temps réel, sans que le citoyen ou l’entreprise ait à fournir plusieurs fois la même information à l’État.
Ce que la Phase 1 a posé comme fondations
La première phase du projet a consisté à interconnecter cinq ministères et institutions publiques via la plateforme UXP (Unified eXchange Platform) de Cybernetica, la même infrastructure au cœur du modèle e-Estonia. Cette phase a commencé en 2024.
Son architecture décentralisée permet l’échange de données inter-systèmes en temps réel, avec chiffrement de bout en bout et authentification mutuelle, sans stockage centralisé.
Selon Moez Kamoun, associé chez PwC Tunisie, partenaire du projet, cette phase a été “un excellent exercice” qui a permis de tirer plusieurs leçons, de cartographier les silos de données de l’administration, de former les équipes locales et de lever les blocages réglementaires liés au partage inter-institutionnel. “Nous abordons la Phase 2 avec beaucoup plus de sérénité et d’engagement de la part de toutes les parties prenantes”, a-t-il ajouté.
Phase 2 : le focus sur l’environnement des affaires
Cette nouvelle étape étend la plateforme à six institutions au cœur de l’activité économique : le Registre National des Entreprises (RNE), l’Instance Tunisienne de l’Investissement (TIA), l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII), le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX), le ministère des Finances et la Banque Centrale de Tunisie.
Le déploiement est financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et le Secrétariat d’État suisse à l’Économie (SECO), dans le cadre de leur programme de réforme sectorielle. Le projet est prévu pour s’achever en 2027.
Les objectifs déclarés incluent la réduction des délais et coûts des procédures administratives pour les entreprises, l’amélioration du classement de la Tunisie dans l’indice de développement du e-gouvernement des Nations Unies, et la réduction du recours aux processus papier.
Le tout s’inscrit dans la stratégie “Tunisia Digital 2025” et le plan de développement 2026-2030, dans le cadre duquel le gouvernement tunisien a annoncé 192 projets de digitalisation des services publics.
Une première échéance concrète : le RNE bascule en juillet
Le signe le plus tangible de cette dynamique vient du RNE lui-même : L’institution a annoncé sur Facebook qu’à partir du 1er juillet 2026, le dépôt de dossiers sera exclusivement électronique.
Les entreprises devront disposer d’une identité numérique : Mobile ID pour les personnes physiques, DigiGo pour les personnes morales. C’est la première échéance opérationnelle publiquement communiquée dans le cadre de ce chantier, et elle concerne directement l’ensemble des entreprises tunisiennes.
Walid Naffati