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Distribution de recharges téléphoniques : Le consommateur victime de la corruption des gachara

Dans la nuit du 31 décembre 2017 au 1er janvier 2018, plusieurs lecteurs de thd nous ont signalé qu’ils ont trouvé beaucoup de difficulté à recharger leurs téléphones. En cause, l’indisponibilité de cartes de recharge téléphonique dans plusieurs points de vente sur la totalité du territoire tunisien. Un manque à gagner, sans doute, significatif pour les opérateurs téléphoniques qui ont multiplié les offres promotionnelles de fin d’année et les campagnes publicitaires!

Pour en savoir davantage, la rédaction de thd a contacté une source bien introduite qui, sous couvert d’anonymat, nous a révélé que les intermédiaires de distribution (les gachara), qui détiennent le monopole et contrôlent le marché, ont retiré les recharges téléphoniques la veille du nouvel an pour les redistribuer dans la matinée du 1er janvier 2018. L’idée étant de maximiser leurs gains en encaissant la marge d’augmentation annoncée dans la loi de Finances 2018, soit 40 millimes sur chaque dinar de recharge.

Interrogé sur le fonctionnement du réseau de distribution de recharges téléphoniques en Tunisie, notre source nous a expliqué que le réseau se compose, malheureusement, de plusieurs intermédiaires. En haut de la chaîne se trouvent les opérateurs qui vendent les recharges à leurs distributeurs. Ces derniers revendent à leur tour les recharges téléphoniques aux grossistes qui passent par des intermédiaires qu’on appelle gachara ou dawarjia pour revendre au final les recharges téléphoniques aux points de vente, notamment les kiosques et les épiceries. Quelques boutiques et franchises des opérateurs téléphoniques s’approvisionnent aussi auprès des gachara, selon notre source.

Ce circuit demeure réglementé entre les opérateurs et leurs distributeurs mais devient chaotique en allant plus bas. C’est à dire au niveau des intermédiaires qui sont les grossistes et les gachara. Le consommateur final s’achète ainsi ses recharges à un tarif plus élevé que le prix initialement fixé. Un tarif qui a bien évidemment augmenté davantage après la rentrée en vigueur des augmentations mentionnées dans la loi de Finances 2018.

Et l’Organisation Tunisienne de Défense du Consommateur dans tout ça? En réponse à cette question, notre source nous a indiqué que l’ODC a communiqué à plusieurs reprises sur le sujet mais les parties concernées et les autorités ont fait la sourde oreille. La corruption, qui d’ailleurs n’épargne aucun secteur en Tunisie, ronge la distribution des recharges téléphoniques depuis un bon bout de temps. A quel niveau? Au niveau des intermédiaires dont les transactions se font en cash et sans factures. Ces derniers ne déclarent donc pas d’impôts et sont les maîtres de l’évasion fiscale. Notre source nous a fait savoir que certains auraient réussi à échapper aux opérations de redressement fiscal “moyennant des pots de vin à qui de droit”.

Notre source nous a également affirmé qu’elle a pris contact à maintes reprises avec le ministère des TICs dans le but de faire la lumière sur la situation et mobiliser les autorités afin de prendre les mesures nécessaires pour réglementer davantage le secteur. Ces prises de contact sont restées sans réponse.

La question qui se pose maintenant est : jusqu’à quand les gachara continueront à faire la pluie et le beau temps en imposant au consommateur final de s’acheter ses recharges téléphoniques à un tarif exorbitant pour qu’ils puissent se garantir davantage de marge?

Il convient de rappeler que les points de vente augmentent à leur tour les tarifs s’assurant ainsi du bakchich après avoir couvert leurs achats auprès des gachara.

Nadya Jennene

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