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Photovoltaïque en Tunisie : la STEG ouvre la voie au stockage par batteries, en pleine crise de délestage

La Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) a publié un nouveau référentiel technique encadrant, pour la première fois, l’intégration des systèmes de stockage d’énergie par batteries (BESS) dans les installations photovoltaïques raccordées au réseau basse tension. Ce texte s’applique à l’ensemble du parc solaire résidentiel et professionnel connecté au réseau tunisien. Sa publication intervient alors que le pays traverse, depuis le 7 juillet 2026, une vague de coupures d’électricité tournantes provoquée par une canicule historique qui a poussé la demande électrique à des niveaux records dans plusieurs gouvernorats.

Un cadre publié en pleine crise énergétique

Le contexte donne à ce référentiel un relief particulier. Depuis le début du mois de juillet, la Tunisie fait face à des températures atteignant jusqu’à 49°C dans certaines régions. Le recours massif à la climatisation a fait grimper la consommation électrique de 30 à 33 % par rapport à la normale, avec un pic historique proche de 5 000 mégawatts selon les données publiées par la STEG. Pour éviter un effondrement complet du réseau, l’entreprise a mis en place des coupures tournantes qui se sont poursuivies presque quotidiennement depuis la mi-juillet, touchant tour à tour le Grand Tunis, le Nord, Sfax, le Sud-Ouest et plusieurs délégations du Nord-Ouest comme Makthar, Bou Salem ou Ghardimaou.

Ces délestages, généralement annoncés la veille pour le lendemain et rétablis sans préavis, ont mis en évidence la fragilité structurelle du système électrique tunisien. Le mix énergétique national reste dominé à plus de 90 % par les centrales thermiques au gaz naturel, les énergies renouvelables ne représentant qu’environ 6 % de la production selon l’Observatoire national de l’énergie et des mines. Sous forte chaleur, le rendement des turbines à gaz diminue tandis que la production éolienne chute, réduisant d’autant la marge réellement mobilisable au moment précis où la demande atteint son pic.

C’est dans ce contexte que le nouveau référentiel de la STEG (publié sur le site de la STEG ici) prend tout son sens : en encadrant officiellement le stockage par batteries, il ouvre la voie à des solutions de résilience énergétique décentralisée, au moment même où le réseau centralisé montre ses limites.

Un cadre technique désormais clairement défini

Le nouveau référentiel consacre un chapitre entier aux batteries de stockage. Le document reconnaît explicitement le rôle des systèmes BESS pour maximiser l’autoconsommation de l’énergie photovoltaïque et assurer une alimentation de secours lors des coupures du réseau, qu’elles soient accidentelles ou, comme c’est le cas actuellement, programmées.

La STEG détaille également les différents modes de fonctionnement possibles. Les batteries peuvent ainsi stocker l’énergie produite durant la journée pour la restituer le soir, optimiser le taux d’autoconsommation ou encore alimenter certaines charges critiques en cas d’interruption de l’alimentation électrique, une fonctionnalité qui prend une résonance particulière pour les foyers et entreprises confrontés aux délestages horaires de ces dernières semaines.

Le texte confirme également l’utilisation d’onduleurs hybrides capables de gérer simultanément la production photovoltaïque, le stockage et l’alimentation des charges.

Des batteries soumises à des exigences strictes

Si le stockage est désormais reconnu, son intégration reste soumise à plusieurs conditions techniques. Pour être acceptées, les batteries devront notamment être conformes aux normes internationales IEC 61427, IEC 62619 et IEC 62620, ainsi qu’aux exigences de marquage CE.

La STEG exigera également un dossier technique comprenant les fiches techniques des équipements, les calculs de dimensionnement, le schéma électrique unifilaire de l’installation, ainsi qu’une description détaillée des dispositifs de sécurité mis en œuvre. Les mesures de prévention contre les risques d’incendie, la ventilation des locaux et les dispositifs de climatisation font désormais partie des éléments à fournir lors de l’instruction des dossiers, une exigence qui prend un relief particulier avec les températures extrêmes actuelles.

Pour les systèmes de stockage dépassant 100 kWh, des essais fonctionnels réalisés en usine devront être présentés, notamment les tests de capacité, de résistance interne et les cycles partiels de charge et décharge.

La compatibilité avec l’onduleur devient un critère essentiel

Parmi les nouveautés introduites par le référentiel figure l’obligation de démontrer la compatibilité entre la batterie et l’onduleur utilisé. Cette disposition vise à garantir la sécurité et la fiabilité des installations. Elle devrait également favoriser les solutions proposées par les grands fabricants qui disposent de certifications croisées entre leurs gammes d’onduleurs et de batteries.

Le document impose en outre la présence d’un système de gestion des batteries (BMS), chargé de surveiller les paramètres de fonctionnement, de protéger les cellules et de prévenir les situations susceptibles de provoquer une surchauffe ou un emballement thermique, un point de vigilance d’autant plus sensible en période de forte chaleur.

Une opportunité pour le marché tunisien, sur fond de tension structurelle

L’apparition de règles claires pour le stockage pourrait accélérer l’adoption des batteries dans les installations photovoltaïques tunisiennes, à un moment où la question de la résilience énergétique s’impose au centre du débat public. Jusqu’à présent, l’absence d’un cadre technique détaillé constituait un frein pour de nombreux projets. Désormais, les particuliers comme les entreprises disposent d’un référentiel officiel définissant les technologies acceptées, les conditions de raccordement et les critères de sécurité à respecter.

Cette évolution intervient dans un contexte où les batteries lithium-ion, notamment les technologies LFP (Lithium Fer Phosphate), deviennent progressivement plus accessibles et où les fabricants d’onduleurs hybrides multiplient leurs offres destinées aux marchés résidentiels et tertiaires. Reste que le développement de l’autoproduction et du stockage se heurte encore, selon plusieurs observateurs du secteur, à la position dominante de la STEG et à la lourdeur administrative qui encadre les démarches de raccordement, un paradoxe alors même que le potentiel solaire tunisien attire par ailleurs des consortiums internationaux pour des projets d’exportation d’électricité et d’hydrogène vert vers l’Europe.

Avec ce nouveau référentiel, la STEG envoie un signal fort au secteur : le stockage d’énergie fait désormais partie intégrante de l’écosystème photovoltaïque tunisien, et son déploiement, officiellement encadré, arrive à un moment où le pays en a plus que jamais besoin.

DigiClub avait d’ailleurs consacré un épisode entier à cette question dès 2024, lire notre article : Épisode 166 : Pourquoi doit-on installer le photovoltaïque et que faut-il faire ? (ou à revoir en vidéo), à une époque où le stockage par batteries était encore interdit en Tunisie en attendant ce cahier des charges, une exception n’étant tolérée que pour les installations hors réseau (off-grid) ou sans identifiant STEG, c’est-à-dire pour les non-clients de l’entreprise.

Walid Naffati

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