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Un Livre Blanc de la GiZ et du ministère de l’Industrie veut transformer les labos tunisiens en usines à startups

Un récent Livre Blanc publié en juillet 2026 par la coopération allemande en Tunisie (GiZ) appelé « DEEPTECH Tunisie 2026 » vient dresser un bilan factuel, analytique et prospectif des initiatives visant à structurer la rupture technologique en Tunisie. Ce rapport s’inscrit dans le cadre du projet « Croissance Qualitative pour l’Emploi » (CQE) financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique (BMZ) et l’Union Européenne, et mis en œuvre conjointement par la GIZ Tunisie et le Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Voici un recapitulatif des faits marquants et indicateurs clés du rapport.

1. La Deeptech : Un levier macroéconomique majeur pour la Tunisie

Contrairement aux startups numériques classiques basées sur l’optimisation d’usages ou de modèles d’affaires existants, la Deeptech regroupe les entreprises dont la proposition de valeur repose sur des avancées scientifiques de rupture ou de l’ingénierie lourde (intelligence artificielle avancée, biotechnologies, nouveaux matériaux, technologies quantiques). Ces projets se caractérisent par des cycles de recherche et développement (R&D) longs, de fortes barrières techniques à l’entrée et une intensité capitalistique majeure.

Pour la Tunisie, la Deeptech représente une opportunité cruciale. Avec plus de 680 unités de recherche et une communauté forte de 25 000 chercheurs et doctorants, le pays dispose d’un gisement de matière grise exceptionnel, régulièrement classé dans le Top 3 africain pour sa productivité scientifique indexée.

2. Les résultats probants du programme pilote TECHNORIAT 1.0

Co-initié sous la forme d’un partenariat public-privé (PPP) par la structure panafricaine Our Digital Future (ODF) et l’Association Tunisia Technoparks (ATT), avec l’appui de la Direction Générale de la Valorisation de la Recherche (DGVR), le programme pilote TECHNORIAT a validé la viabilité du modèle à travers des chiffres consolidés :

  • 800+ chercheurs sensibilisés à l’entrepreneuriat technologique.

  • 136 candidatures scientifiques rigoureusement évaluées.

  • 13 projets hautement technologiques incubés.

  • 8 startups Deeptech officiellement créées.

Le rapport cite en exemple des projets concrets qui matérialisent le passage du laboratoire au marché, à l’instar de VBDC (valorisation des fibres d’olive pour de nouveaux thermoplastiques écologiques), HYO-TEC (stockage des énergies renouvelables via l’hydrogène), ou encore FLUOINK Nanotechnologies (encres intelligentes et revêtements antibactériens). À titre d’illustration, la startup VBDC affiche déjà un chiffre d’affaires cumulé de 1 350 K DT depuis son entrée en production en 2022.

3. La « Vallée de la Mort » technologique : Les freins structurels identifiés

L’analyse menée met en exergue plusieurs goulets d’étranglement qui entravent la montée en échelle des innovations tunisiennes, en particulier le franchissement des niveaux de maturité intermédiaires (les TRL 4 à 7, de la preuve de concept en laboratoire au démonstrateur en environnement réel) :

  • La gestion et la valorisation de la Propriété Intellectuelle (PI) : Bien que la production académique soit intense, le nombre de brevets déposés et exploitables commercialement reste faible en raison d’un manque de structures spécialisées.

  • L’accès aux infrastructures industrielles : Pour valider un prototype à taille réelle, les startups font face à l’absence de mécanismes fluides pour accéder aux ressources et plateformes de tests des centres techniques sectoriels (CETIME, CETTEX, CTAA, etc.).

  • Le déficit de financement initial (Early-Stage) : Les mécanismes de capital-risque tunisiens sont globalement calibrés pour le logiciel à retour rapide. La transition du TRL 5 au TRL 7 nécessite une injection de fonds (estimée entre 100K et 500K DT par projet) largement sous-dotée.

4. Recommandations stratégiques pour l’avenir de l’écosystème

Pour pérenniser ces acquis et transformer l’économie par l’innovation, le Livre Blanc formule plusieurs recommandations clés destinées aux décideurs :

  • Flécher 10% à 20% du budget public de la recherche vers la valorisation et la maturation technologique, rompant ainsi avec un modèle axé exclusivement sur la recherche fondamentale.

  • Créer des structures de transfert de technologie (TTO) privatisées ou en PPP strict, inspirées du modèle des SATT françaises, pour professionnaliser le courtage technologique et la gestion des brevets.

  • Mettre en place une Task Force Nationale Deeptech pour coordonner les politiques publiques, harmoniser les cadres réglementaires (notamment sur la mobilité des chercheurs et la répartition des revenus de licences) et faciliter l’interconnexion entre startups et grandes industries via l’Open Innovation.

L’horizon TECHNORIAT 2.0 : Vers la sectorisation. Fort de cette première expérience, l’écosystème évolue désormais vers des programmes spécialisés par verticales thématiques (Cohortes Green, Blue, Biotechnologies) afin de rationaliser le déploiement des expertises et maximiser le “Technology-Market Fit”.

Walid Naffati

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