En bref

Télécoms : la fraude entre dans une nouvelle ère avec la 5G et l’IA, les opérateurs revoient leurs stratégies de défense


L’évolution des réseaux mobiles ne profite pas uniquement aux utilisateurs et aux entreprises. Elle ouvre également la voie à une nouvelle génération de cybercriminels. Selon une enquête publiée par Mobile World Live en partenariat avec NETSCOUT, les opérateurs télécoms du monde entier sont désormais confrontés à une multiplication des attaques ciblant directement les infrastructures 4G et surtout 5G Standalone (SA), les poussant à revoir en profondeur leurs méthodes de détection et de lutte contre la fraude.

Le constat est préoccupant. Le rapport rappelle que les pertes mondiales liées à la fraude dans les télécommunications ont atteint 41,82 milliards de dollars en 2025, soit environ 3 milliards de dollars de plus que deux ans auparavant. L’intelligence artificielle contribue à accélérer et automatiser ces attaques, obligeant les opérateurs à investir dans des systèmes de surveillance toujours plus sophistiqués.

La 5G élargit considérablement la surface d’attaque

Contrairement aux générations précédentes, les réseaux 5G introduisent de nouvelles architectures, davantage de virtualisation et de nouveaux points d’accès. Cette complexité augmente mécaniquement le nombre de vecteurs d’attaque.

L’enquête révèle que 54 % des opérateurs interrogés disposent déjà d’infrastructures 5G Standalone, tandis que 47 % exploitent des réseaux privés 5G ou des infrastructures destinées à l’industrie 4.0. Dans le même temps, près de la moitié continuent d’exploiter des réseaux LTE et 5G Non Standalone, ce qui crée des environnements hybrides particulièrement complexes à sécuriser.

Face à cette évolution, les opérateurs multiplient les sources d’information utilisées pour détecter les comportements suspects. Les données issues du cœur de réseau restent la principale source d’analyse, mais elles sont désormais complétées par les journaux HTTP/2 des fonctions natives 5G, les données provenant du réseau d’accès radio (RAN), les journaux IMS/SIP ainsi que les données DNS et télémétriques.

Une détection qui doit désormais être quasi instantanée

La rapidité devient un facteur déterminant. Près d’un tiers des opérateurs estiment que les données de sécurité doivent être normalisées et analysées en moins de cinq minutes, certains visant même un traitement proche du temps réel.

Pour y parvenir, les opérateurs souhaitent connecter leurs plateformes de détection avec leurs systèmes de cybersécurité existants, leurs solutions de Business Intelligence, leurs plateformes SIEM, leurs outils AIOps ainsi que leurs équipements de protection contre les attaques DDoS. L’objectif est de disposer d’une vision unifiée des événements de sécurité afin d’accélérer les réactions face aux menaces.

Le rapport montre également que la protection de la vie privée reste un enjeu majeur. Les techniques de pseudonymisation, la réduction des données personnelles et les mécanismes de contrôle d’accès figurent parmi les priorités citées par les opérateurs.

Les attaques évoluent elles aussi

Les priorités de détection changent avec l’arrivée de la 5G. Sur le plan du contrôle réseau, les opérateurs surveillent principalement les inondations de messages SIP, les abus des plateformes IMS ainsi que les anomalies affectant les interfaces Diameter et HTTP/2 utilisées par les réseaux 5G Standalone.

Du côté du trafic utilisateur, les principales préoccupations concernent désormais les flux HTTP et HTTPS malveillants ainsi que les attaques par déni de service (DDoS) ciblant les fonctions critiques du cœur de réseau 5G. Les faux relais radio (rogue base stations), les anomalies de mobilité et certaines formes d’attaques sur le réseau d’accès radio figurent également parmi les nouveaux cas d’usage de détection identifiés par les opérateurs.

L’automatisation devient indispensable

L’étude montre que les opérateurs ne veulent plus uniquement détecter les attaques. Ils souhaitent également automatiser leur réponse.

Près de la moitié des répondants privilégient des alertes générées en quelques secondes seulement, tandis que 43 % souhaitent pouvoir déclencher automatiquement des contre-mesures comme la mise à jour des politiques réseau, le blocage via les pare-feux ou encore le contrôle dynamique du trafic.

Parallèlement, les opérateurs commencent à préparer la sécurisation des futurs usages de la 5G Standalone, notamment la gestion des slices réseau, les réseaux privés et les déploiements edge computing, qui représentent autant de nouveaux défis de visibilité et de protection.

Une bataille qui ne fait que commencer

La conclusion du rapport est sans équivoque. Les opérateurs sont pleinement conscients que les cybercriminels exploitent désormais l’intelligence artificielle pour industrialiser leurs attaques et cibler aussi bien les infrastructures historiques que les nouveaux réseaux 5G.

Dans ce contexte, la capacité à détecter rapidement les comportements anormaux, à corréler des volumes massifs de données provenant de multiples systèmes et à automatiser les réponses devient un élément central de la sécurité des réseaux mobiles de nouvelle génération. Plus que jamais, la cybersécurité s’impose comme un pilier stratégique du déploiement de la 5G.

Walid Naffati

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