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Télécoms 2026 : l’IA s’impose, la 5G cherche son ROI, le satellite attend

Le rapport Industry Survey 2026 de Mobile World Live dresse un état des lieux sans fard de l’industrie mobile mondiale. Près de 200 professionnels, opérateurs, équipementiers, développeurs, ont répondu. Leur verdict : le secteur sort de la phase des annonces et entre dans celle des arbitrages.

La 5G face à son moment de vérité

Le déploiement 5G n’est plus le sujet. C’est le retour sur investissement qui l’est. Pour 26 % des répondants, générer de la rentabilité sur la 5G est le défi numéro un de l’année, devant la cybersécurité, qui monte fortement à 22 % contre 17 % l’an dernier.

Pour monétiser, aucun modèle dominant ne s’impose. Les réseaux privés (40 %) et l’IoT (37 %) arrivent en tête, tandis que les usages grand public peinent encore à créer de nouveaux revenus.

L’IA : priorité absolue, mais déjà relativisée

33 % des opérateurs font de l’IA leur priorité stratégique numéro un. 44 % la citent comme le principal relais de croissance. Les chiffres sont éloquents.

Mais le rapport révèle aussi l’envers du décor : 73 % des répondants considèrent l’IA comme le marché le plus surévalué de l’année, l’IA agentique en tête (45 %), devant la GenAI (28 %).

Dans les faits, les déploiements restent très opérationnels. Le service client domine (29 %), suivi de l’optimisation réseau et IT (19 % chacun). Et l’objectif prioritaire n’est pas la croissance des revenus, c’est la réduction des coûts, citée comme KPI principal par 44 % des opérateurs.

L’IA est réelle. Mais 2026 sera encore une année de pilotes plus que de passage à l’échelle.

Satellite et NTN : l’enthousiasme reste mesuré

Les réseaux non terrestres (NTN, soit des infrastructures de connectivité mobile localisées dans l’espace, via des satellites en orbite basse ou géostationnaire) sont présentés par la GSMA comme l’une des grandes opportunités de 2026. L’idée centrale : connecter ce que les réseaux terrestres ne peuvent pas atteindre, et ouvrir une connexion directe entre le satellite et l’appareil de l’utilisateur, sans infrastructure intermédiaire.

Le marché bouge. La GSMA recensait 118 services NTN en décembre 2025, dont 33 déjà actifs, avec un potentiel d’atteindre 6,1 milliards de personnes. Juniper Research anticipe une croissance des revenus direct-to-device de 30 millions de dollars en 2025 à près de 1,7 milliard en 2029.

Mais le terrain reste prudent. 34 % des opérateurs n’ont toujours aucun plan de déploiement satellite. 38 % n’ont pas de feuille de route NTN définie. Parmi ceux qui s’y engagent, 29 % privilégient une approche hybride combinant terrestre et satellite, et 28 % misent sur le LEO.

Le frein principal est économique : 55 % citent le coût comme obstacle majeur, devant la maturité des terminaux (31 %) et la faible demande (28 %). Les cas d’usage ciblés restent industriels, transport et logistique (30 %), énergie (22 %), agriculture (17 %), bien loin du grand public.

Cloud et edge : la dépendance aux hyperscalers s’assume

86 % des opérateurs ne peuvent pas jouer en solo sur le cloud. La majorité (46 %) opte pour un modèle hybride associant hyperscalers et infrastructure propre. Seuls 14 % envisagent une stratégie totalement autonome.

Les opportunités business se concentrent sur l’entreprise : solutions SMB (30 %), analytique temps réel (28 %), IoT et domotique (26 %). La souveraineté des données monte en puissance : 77 % la jugent importante ou critique.

6G : sujet d’observation, pas encore d’action

Seuls 20 % des acteurs investissent déjà dans la 6G, essentiellement au niveau de la recherche académique et ingénierie, les protocoles n’étant pas encore finalisés. La 3GPP a lancé la phase d’étude sous la Release 20 en mid-2025 à Prague. La majorité des opérateurs surveille sans s’engager. Un tiers estime que la 6G ne sera une réalité commerciale qu’après 2030. En attendant, l’attention reste concentrée sur la rentabilisation de la 5G existante.

Ce rapport le confirme : les technologies sont là, les investissements sont engagés. Mais la vraie question de 2026 n’est plus quoi déployer, c’est comment en tirer de la valeur.

Walid Naffati

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