
Un an après le lancement de la 5G en Tunisie, une question revient chez de nombreux utilisateurs : pourquoi la connexion reste parfois lente, même avec un bon signal ou une fibre annoncée rapide ?
Dans l’épisode 190 du podcast DigiClub, Karim Yayci, Lead Industry Analyst MEA chez Ookla, apporte un éclairage utile : dans la majorité des cas, le problème ne vient pas uniquement de l’opérateur.
Le mythe des “barres réseau”
Premier réflexe chez l’utilisateur : regarder les barres de signal. Pourtant, un réseau affiché en 4G ou 5G avec une réception maximale ne garantit pas une bonne performance.
La raison est simple : la qualité perçue dépend de plusieurs couches techniques. La couverture n’est qu’un élément parmi d’autres. Même avec un signal fort, une cellule peut être saturée si trop d’utilisateurs y sont connectés simultanément. C’est ce qu’on appelle la congestion.
Le Wi-Fi, principal point faible à domicile
C’est souvent le facteur le plus sous-estimé. En intérieur, la majorité des usages passent par le Wi-Fi domestique, et non directement par le réseau mobile ou fibre.
Un routeur ancien, mal positionné, ou perturbé par des interférences peut diviser par plusieurs le débit réel. Résultat : même avec une fibre à 300 Mb/s, l’utilisateur peut n’en percevoir qu’une fraction sur son smartphone.
Dans de nombreux cas, l’expérience dégradée est donc liée à l’environnement local, et non à l’infrastructure de l’opérateur.
Quand le problème vient… d’ailleurs
Autre point souvent ignoré : la qualité de la connexion dépend aussi des services utilisés. L’accès à des plateformes comme YouTube ou Google repose sur des interconnexions entre réseaux.
Si ces liaisons sont saturées ou mal optimisées, l’utilisateur peut ressentir des lenteurs, même si son accès Internet est performant. Ici encore, la responsabilité est partagée entre plusieurs acteurs de la chaîne.
Speedtest : des chiffres à interpréter avec prudence
Ces écarts entre perception et réalité se retrouvent également dans les mesures de performance. Un test réalisé via Speedtest peut consommer jusqu’à 1 Go de données, car l’application cherche à saturer la connexion pour mesurer son potentiel maximal.
Ces tests sont déclenchés volontairement par les utilisateurs, souvent dans un contexte particulier, notamment lors du lancement d’une nouvelle technologie. C’est ce qui explique l’“effet wow” observé au démarrage de la 5G.
En parallèle, Ookla collecte aussi des données passives via des applications tierces, permettant de mesurer l’expérience réelle au quotidien, notamment la latence et la stabilité.
Cette double approche vise à éviter les biais et à mieux refléter l’usage réel.
Une expérience qui dépend de toute la chaîne
Au final, la performance Internet ne dépend plus uniquement de l’opérateur. Elle résulte d’un ensemble d’éléments : réseau mobile, infrastructure fixe, Wi-Fi domestique, interconnexions internationales et services utilisés.
Cette réalité explique pourquoi les performances peuvent varier fortement d’un utilisateur à l’autre, même dans une même zone.
Du pic 5G à la réalité du réseau
Ces éléments permettent aussi de mieux comprendre l’évolution récente des performances en Tunisie après le lancement de la 5G. Si les premiers mois ont été marqués par des vitesses élevées liées à un usage encore limité, la montée en charge du réseau a progressivement mis en évidence les enjeux de capacité et d’infrastructure.
Un point que nous avions déjà analysé en détail dans notre article consacré au rapport d’Ookla, montrant que l’effet vitrine du lancement laisse place à un défi plus structurel : maintenir la qualité de service dans la durée, à mesure que les usages augmentent.
Walid Naffati