
Opensignal publie un premier bilan du marché tunisien de la 5G, un an après son lancement commercial en février 2025. Bâti sur les bandes 700 MHz et 3,5 GHz réparties à parts égales entre Tunisie Telecom, Ooredoo Tunisie et Orange Tunisie, le réseau a vu sa base d’abonnés presque quadrupler en neuf mois. Le rapport, basé sur des données collectées entre le deuxième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, documente les premiers effets de cette adoption rapide sur les débits et la qualité de service.
Une allocation spectrale symétrique, une première régionale
En février 2025, la Tunisie est devenue le premier pays d’Afrique du Nord à lancer la 5G avec une allocation spectrale symétrique entre ses trois opérateurs. Selon les données de l’Instance Nationale des Télécommunications (INTT) reprises par Opensignal, Tunisie Telecom, Ooredoo Tunisie et Orange Tunisie disposent chacun de 100 MHz sur la bande 3,5 GHz, complétés par une allocation sur la bande 700 MHz. Cette égalité de traitement entre opérateurs distingue le marché tunisien de plusieurs déploiements régionaux où les allocations sont asymétriques.

Une base d’abonnés multipliée par 3,7 en neuf mois
La croissance des abonnés 5G a été rapide : leur nombre est passé de 70 000 au deuxième trimestre 2025 à 260 000 au premier trimestre 2026, soit une multiplication par 3,7 en neuf mois. Cette dynamique s’accompagne d’un engagement croissant des utilisateurs, le temps passé sur le réseau 5G par les usagers Opensignal ayant progressé de 21,5 %, passant de 10,9 % à 13,3 % du temps total de connexion.

Des débits en baisse, une qualité de service maintenue
La montée en charge du réseau se traduit par un recul des débits descendants, qui ont chuté de 21 % sur la période, passant de 183 Mbps à 144,9 Mbps. Opensignal souligne toutefois que les opérateurs sont parvenus à maintenir, voire améliorer, la qualité de service perçue : l’indicateur de “qualité constante” (“Consistent Quality”) progresse de 2,2 points, passant de 80,9 % à 82,7 %.
Malgré ce tassement des débits, l’écart avec la 4G reste net : la 5G tunisienne demeure 5,6 fois plus rapide que la 4G au premier trimestre 2026, contre 6,4 fois un an plus tôt.

Un réseau construit majoritairement sur la bande 3,5 GHz
Un an après le lancement, la répartition des connexions 5G par bande de fréquence montre une nette prédominance de la bande 3,5 GHz, qui concentre 83,8 % des mesures effectuées entre le 1er janvier et le 31 mars 2026. La bande 1800 MHz représente 15,7 % des lectures, tandis que la bande 700 MHz, pourtant allouée aux trois opérateurs, ne pèse que 0,5 % des connexions.

Ce que retient Opensignal
Le rapport dégage quatre enseignements pour ce premier bilan :
- Une 5G pensée pour la vitesse, pas pour la couverture. La domination de la bande C (3,5 GHz) permet des débits élevés mais limite la portée géographique du réseau, un arbitrage jugé délibéré pour cette première année.
- Une adoption qui dépasse le cercle des premiers utilisateurs. La croissance du nombre d’abonnés s’accompagne d’une hausse de l’usage effectif du réseau, signe que les Tunisiens ne se contentent pas de se connecter à la 5G mais l’utilisent activement.
- Une tension entre débit et régularité. À mesure que davantage d’utilisateurs se partagent une capacité limitée sur la bande C, les débits reculent tandis que la régularité de la qualité de service se maintient.
- Un avantage sur la 4G qui reste solide. Malgré la pression sur le réseau, les utilisateurs 5G continuent de bénéficier de débits plus de cinq fois supérieurs à ceux de la 4G.

Walid Naffati