En bref

Intelligence artificielle : chez la Gen Z, la fin de l’effet « wow » ?


Un an aura suffi pour inverser la courbe. Selon un sondage publié par Gallup en avril 2026, en partenariat avec la Walton Family Foundation et GSV Ventures, la part des jeunes de la génération Z déclarant se sentir « enthousiastes » face à l’intelligence artificielle est passée de 36 % en 2025 à 22 % aujourd’hui. Une chute nette, alors même que l’usage des outils d’IA, lui, ne recule pas.

Le contraste est frappant. Jamais les technologies d’IA générative n’ont été aussi présentes dans le quotidien des étudiants et des jeunes actifs. Et pourtant, l’adhésion émotionnelle s’effrite. Le phénomène ne relève pas d’un simple désintérêt. Il traduit une évolution plus profonde : le passage d’une fascination initiale à une phase de jugement critique.

Une adoption qui ne faiblit pas

Les données de Gallup montrent que la Gen Z reste la génération la plus exposée et la plus utilisatrice des outils d’IA, notamment dans les usages académiques. Rédaction assistée, synthèse de contenus, génération d’idées : l’IA s’est installée comme un outil banal, presque invisible.

Mais cette banalisation change la perception. L’IA n’est plus une promesse, elle devient une infrastructure. Et comme toute infrastructure, elle est évaluée à l’aune de son utilité réelle, de ses limites et de ses effets secondaires.

De l’enthousiasme à la méfiance

En parallèle de la baisse de l’enthousiasme, les sentiments négatifs progressent. La crainte d’une dépendance excessive, les interrogations sur la fiabilité des réponses ou encore les inquiétudes liées à l’emploi alimentent une forme de scepticisme croissant.

Cette évolution est particulièrement marquée chez les plus jeunes, pourtant en première ligne de l’adoption. Un paradoxe apparent, mais révélateur : ceux qui utilisent le plus intensivement l’IA sont aussi les premiers à en percevoir les failles.

L’IA entre dans sa phase de maturité

Cette bascule n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans le secteur technologique. Comme souvent, l’arrivée d’une innovation majeure s’accompagne d’un pic d’enthousiasme, suivi d’une phase de recalibrage.

Le Stanford AI Index Report 2026, publié par le Human-Centered AI Institute, souligne lui aussi cette transition. L’IA progresse à un rythme soutenu, mais les attentes deviennent plus exigeantes. Les débats se déplacent : de la performance technologique vers les usages, les modèles économiques et les impacts sociétaux.

Vers une exigence accrue des usages

Pour les acteurs technologiques, le message est clair. L’enjeu n’est plus de convaincre de l’existence ou du potentiel de l’IA, mais de démontrer son impact concret. Productivité réelle, fiabilité, intégration dans les workflows, retour sur investissement.

Pour la Gen Z, l’IA n’est plus une révolution abstraite. C’est un outil du quotidien, soumis aux mêmes exigences que n’importe quelle autre technologie.

Et c’est peut-être là le véritable tournant. La baisse de l’enthousiasme n’est pas nécessairement un signal négatif. Elle marque l’entrée dans une phase plus mature, où l’innovation cesse d’être jugée sur ses promesses pour être évaluée sur ses preuves.

Walid Naffati

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