
Les données de la dernière édition de l’Anthropic Economic Index révèlent un profil particulier de l’usage de l’intelligence artificielle en Tunisie. En mai 2026, le pays représentait 0,27% de l’usage mondial de Claude, contre 0,23% en avril. Rapportée à la population en âge de travailler, la Tunisie affiche un indice d’usage de 1,40 ; ce qui signifie que l’utilisation de Claude y est 40% supérieure à ce que laisserait prévoir le poids de sa population active potentielle. La Tunisie se classe ainsi 48e parmi les 121 pays couverts par cet indicateur.
Publié le 26 juin 2026, le nouvel Anthropic Economic Index s’appuie sur des données de Claude couvrant les mois d’avril et mai 2026. Cette édition élargit considérablement l’observation des usages de l’IA, avec une collecte plus fréquente et une classification des productions générées par Claude. Les données couvrent notamment Claude Chat et Cowork, tandis que les données de l’API première partie sont analysées séparément.

L’éducation devient le premier usage de Claude en Tunisie
Le principal enseignement pour la Tunisie concerne la nature des usages. En mai, 51,52% des conversations observées sont classées dans la catégorie « coursework », qui regroupe les usages liés aux études et à l’apprentissage. Cette proportion était déjà élevée en avril, à 42,73%.
En parallèle, la part des conversations liées au travail est passée de 35,86% en avril à 27,94% en mai. Les usages personnels représentent 20,54%, contre 21,41% un mois auparavant.
La structure tunisienne se démarque ainsi nettement de la moyenne mondiale. En mai, les usages professionnels représentent 43,36% des conversations mondiales de Claude, contre seulement 16,45% pour les usages liés aux études et 40,20% pour les usages personnels.
La Tunisie apparaît donc comme un marché où l’IA générative reste encore fortement associée à l’éducation, alors que son usage professionnel demeure inférieur à la moyenne internationale.

L’apprentissage devant la création de contenu et le développement logiciel
L’analyse détaillée des demandes confirme cette tendance. En mai, la catégorie « Education & Learning » représente 28,16% des demandes classifiées en Tunisie. Elle devance la création de contenu et le copywriting, à 22,49%, ainsi que le développement logiciel, à 18,19%.
La situation était différente en avril. Le développement logiciel constituait alors la première catégorie, avec 25,32%, devant la création de contenu et le copywriting, à 20,97%, et l’éducation, à 18,78%.
Cette évolution est particulièrement intéressante. En l’espace d’un mois, la part du développement logiciel a reculé de plus de 7 points, tandis que les usages liés à l’éducation ont progressé de près de 9 points.
La production de documents reste également importante. En mai, 15,33% des conversations tunisiennes ont abouti à un document ou un rapport, tandis que 15,65% ont produit une explication ou une réponse. Les contenus éducatifs représentent 6,39% des productions et les corrections ou débogages de code 6,61%.
Une utilisation de l’IA qui devient davantage collaborative
Les données montrent toutefois une autre évolution importante entre avril et mai. En avril, les conversations tunisiennes étaient légèrement dominées par l’automatisation, avec 53,36% des interactions classées dans cette catégorie contre 46,64% pour l’augmentation des capacités humaines.
En mai, le rapport s’inverse : 50,21% des usages sont désormais classés comme de l’augmentation, contre 49,79% pour l’automatisation.
Autrement dit, l’utilisateur tunisien de Claude ne se contente pas de déléguer une tâche à l’IA. La proportion d’interactions dans lesquelles l’IA vient compléter les capacités de l’utilisateur devient légèrement majoritaire.
Cette évolution rejoint la tendance observée par Anthropic au niveau mondial. Dans son rapport, l’entreprise souligne que les usages de l’IA deviennent progressivement plus diversifiés et que l’automatisation n’est pas nécessairement synonyme de remplacement du travail humain. Dans les usages associés aux tâches les mieux rémunérées, l’augmentation du volume produit par l’IA s’accompagne notamment d’un engagement plus important de l’utilisateur.
La Tunisie reste loin derrière les pays les plus utilisateurs
L’indice d’usage par habitant permet de relativiser la position tunisienne. Avec un score de 1,40 en mai, la Tunisie se situe au-dessus du niveau correspondant à une utilisation proportionnelle à sa population en âge de travailler, fixé à 1.
Mais elle reste très loin des marchés où Claude est le plus fortement adopté. L’Australie arrive en tête avec un indice de 6,40, devant Singapour à 5,81 et la Suisse à 5,02. La France atteint 3,97 et les États-Unis 3,87.
Dans la région, la Tunisie affiche toutefois un niveau d’adoption particulièrement élevé. Le Maroc atteint 0,90, l’Égypte 0,36 et l’Algérie 0,56 en mai. Le Liban se situe à 0,96, tandis que la Jordanie atteint 0,64.
L’indice ne mesure cependant pas directement la pénétration globale de l’intelligence artificielle dans chaque pays. Il mesure l’usage de Claude et le rapporte à la population en âge de travailler. Il ne permet donc pas de conclure que 40% des travailleurs tunisiens utilisent l’IA.
Une IA encore très présente dans les études, mais qui se professionnalise
Les chiffres dessinent finalement une phase de transition pour le marché tunisien. Claude y est utilisé davantage que ne le laisserait prévoir le seul poids démographique du pays, mais son utilisation reste fortement concentrée sur l’éducation, l’apprentissage et la production de contenus.
Le recul du développement logiciel en mai ne signifie pas pour autant un désengagement du secteur technologique. Les activités informatiques et mathématiques restent la première famille professionnelle associée aux conversations tunisiennes, avec 31,40% des usages en mai, devant l’enseignement et les métiers liés à l’instruction, à 16,96%, puis les arts, médias, design et divertissement, à 12,25%.
À mesure que les usages de l’IA quittent le simple cadre conversationnel pour produire des documents, du code, des présentations, des analyses ou des applications, leur impact économique devient progressivement plus mesurable.
Walid Naffati