
Un parc de plusieurs millions de smartphones Android compromis pourrait-il être utilisé pour provoquer une saturation massive des réseaux télécoms en Tunisie ? La question avait été posée en 2024 à Benoit Grunemwald, expert en cybersécurité, lors d’un épisode de DigiClub. Un extrait de cette interview revient aujourd’hui sur ce scénario et sur les mécanismes de protection dont disposent les opérateurs.
Avec environ 8 millions de smartphones en circulation en Tunisie à l’époque, dont une large majorité sous Android, l’hypothèse d’un grand nombre de terminaux infectés pouvant participer à une attaque de type DDoS peut théoriquement se poser.
Pour Benoit Grunemwald, un tel scénario reste toutefois peu réaliste lorsqu’il s’agit de cibler directement un opérateur télécom. Les infrastructures des opérateurs disposent généralement de mécanismes de filtrage et de protection anti-DDoS permettant d’identifier et de bloquer une partie du trafic malveillant avant qu’il ne puisse saturer les services.
La situation est différente lorsque les smartphones compromis sont utilisés pour attaquer une cible externe. Il peut s’agir, par exemple, d’un site e-commerce ou d’une plateforme étatique. Dans ce cas, le trafic malveillant transite normalement par le réseau de l’opérateur pour atteindre la cible.
L’utilisateur du smartphone compromis devient alors l’une des premières victimes. Son terminal peut envoyer massivement des données à son insu, entraînant notamment une consommation rapide de son forfait Internet mobile.
La protection contre l’attaque repose dans ce cas principalement sur l’infrastructure de la cible, qui doit être équipée de solutions capables d’absorber ou de filtrer un trafic DDoS.
Cet échange, enregistré en 2024 dans le cadre de DigiClub, illustre ainsi une distinction importante en matière de cybersécurité : la compromission massive de smartphones ne signifie pas nécessairement qu’un opérateur télécom peut être facilement mis hors service. Le risque peut en revanche se déplacer vers les utilisateurs et les services ciblés par les appareils infectés.
L’interview complète de Benoit Grunemwald est disponible sur la chaîne YouTube de DigiClub.
Walid Naffati