
TikTok a publié ses derniers rapports de transparence couvrant le premier semestre 2025, dont celui dédié aux demandes d’accès à l’information des autorités publiques. Ces documents offrent une lecture à la fois locale et globale de la manière dont les États sollicitent la plateforme pour accéder aux données utilisateurs ou faire retirer des contenus.
Dans ce cadre, la Tunisie apparaît avec un volume particulièrement limité : 6 demandes gouvernementales au total sur six mois.

Ce que recouvrent les demandes d’accès à l’information
Ces “demandes gouvernementales” correspondent à des requêtes formelles adressées par des autorités judiciaires ou sécuritaires à TikTok, généralement dans le cadre d’enquêtes pénales.
Elles peuvent viser différents types de données :
- informations d’identification d’un compte
- données techniques comme les adresses IP
- contenus publiés ou historiques d’activité
TikTok précise que chaque demande est examinée au cas par cas et qu’aucune donnée n’est transmise sans base légale valide, sauf en cas d’urgence. Dans ces situations exceptionnelles, la plateforme peut divulguer des informations sans procédure judiciaire complète, notamment pour prévenir un risque imminent de mort ou de blessure grave.
Le rapport distingue trois catégories :
- les demandes légales, encadrées par une procédure judiciaire
- les demandes d’urgence, en cas de danger immédiat
- les demandes de conservation, pour préserver des données
Le cas tunisien : un recours limité, centré sur l’urgence
Dans le détail, les autorités tunisiennes ont adressé :
- 2 demandes légales, sans aucune transmission de données (0 %)
- 4 demandes d’urgence, avec un taux de réponse de 50 %
- 0 demande de conservation
Autrement dit, TikTok n’a partagé des données que dans une partie des cas jugés urgents, tout en refusant ou ne donnant pas suite aux demandes classiques.
Une explosion mondiale des demandes depuis 2020
Au-delà du cas tunisien, les données globales issues du rapport montrent une tendance nette : la hausse rapide des demandes d’accès aux données utilisateurs à l’échelle mondiale.
Le volume total de requêtes adressées à TikTok est passé de quelques centaines en 2019 à près de 24 000 demandes en 2025, en incluant les demandes légales, d’urgence et de conservation.
Cette progression traduit un changement de statut des plateformes numériques, désormais intégrées dans les mécanismes d’enquête des États, au même titre que les opérateurs télécoms.
Retrait de contenus : une autre forme de pression réglementaire
En parallèle des demandes d’accès aux données, TikTok publie un second rapport consacré aux retraits de contenus pour motifs juridiques. Ces demandes émanent également des autorités publiques et concernent des contenus jugés illégaux selon les législations locales, notamment :
- désinformation
- contenus politiques sensibles
- atteintes à l’ordre public
- violations du droit d’auteur
Comme pour les données utilisateurs, TikTok évalue ces demandes en fonction de leur conformité au droit applicable, avec des niveaux de réponse variables selon les pays.

Un volume marginal à l’échelle internationale
Avec seulement 6 requêtes sur six mois, la Tunisie reste très loin des marchés les plus actifs, où les demandes se comptent en centaines voire en milliers.
Ce faible volume peut refléter plusieurs réalités : un recours encore limité à ces mécanismes dans les enquêtes, un cadre réglementaire en évolution, ou encore une intégration progressive des plateformes numériques dans les procédures judiciaires.
Ces rapports confirment une évolution structurelle : TikTok, comme les autres grandes plateformes, est désormais un acteur clé dans les équilibres entre États, justice et protection des données.
Entre exigences de transparence, pressions réglementaires et attentes des utilisateurs, la plateforme doit maintenir un équilibre délicat entre coopération avec les autorités et respect de la vie privée.
Walid Naffati