
Selon le dernier rapport trimestriel du Microsoft AI Economy Institute, l’usage mondial de l’IA générative a atteint 17,8 % de la population active au premier trimestre 2026. Une nouvelle vague de croissance en Asie, portée par les progrès des modèles dans les langues locales, redessine la carte de l’adoption pendant que l’un des effets économiques les plus mesurables de l’IA se joue déjà dans la production de code informatique.
Une croissance mondiale qui ne faiblit pas
Entre la seconde moitié de 2025 et le premier trimestre 2026, la part de la population mondiale en âge de travailler (15 à 64 ans) ayant utilisé un produit d’IA générative est passée de 16,3 % à 17,8 %, un gain de 1,5 point en seulement trois mois. Le nombre d’économies où plus de 30 % de la population active utilise l’IA atteint désormais 26 pays, contre un nombre plus restreint au second semestre 2025.

En tête du classement mondial établi par Microsoft, les Émirats arabes unis conservent leur première place avec 70,1 % d’utilisateurs actifs parmi la population en âge de travailler, en hausse de 6,1 points sur le trimestre. Suivent Singapour (63,4 %), la Norvège (48,6 %), l’Irlande (48,4 %) et la France (47,8 %). Les États-Unis, longtemps distancés, amorcent une remontée modeste : ils passent de la 24ᵉ à la 21ᵉ place mondiale, avec un taux d’usage de 31,3 % , encore loin du peloton de tête, mais en accélération (+3,0 points sur le trimestre).
Le fossé Nord-Sud continue de s’élargir
Derrière cette dynamique positive se cache une fracture persistante. Dans les pays du Nord global, l’usage de l’IA générative a atteint 27,5 % de la population active au premier trimestre 2026, contre 24,7 % au second semestre 2025, soit un gain de 2,8 points. Dans les pays du Sud global, la progression est deux fois plus lente : de 14,1 % à 15,4 %, soit seulement 1,3 point de gain.
Résultat, l’écart entre les deux zones, qui était de 9,8 points début 2025, atteint désormais 12,1 points. Le rapport pointe des causes structurelles bien connues : l’accès à l’électricité (98,1 % dans le Nord contre 88,9 % dans le Sud), à l’internet (90,1 % contre 65,7 %) et aux compétences numériques de base (70,1 % contre 48,2 %) restent nettement inégaux. Tant que ces écarts d’infrastructure ne seront pas résorbés, avertissent les auteurs, les bénéfices de l’IA générative resteront très inégalement répartis à l’échelle mondiale.

L’Asie, nouveau moteur de la diffusion mondiale
Le trimestre a surtout été marqué par une accélération spectaculaire en Asie. Douze des quinze économies affichant la plus forte croissance depuis juin 2025 s’y trouvent, chacune ayant gagné au moins 25 % d’utilisateurs supplémentaires. La Corée du Sud arrive en tête avec une progression de 43,2 %, suivie de la Thaïlande (+36,4 %) et du Japon (+34,1 %). La Mongolie, l’Iran, le Laos et la Turquie affichent eux aussi des gains supérieurs à 30 %, tandis que le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Vietnam et le Cambodge dépassent tous les 24 %.
Un facteur revient constamment dans l’analyse de Microsoft : l’amélioration des capacités multilingues des grands modèles de langage. Sur le benchmark MMMLU, qui teste les mêmes tâches de connaissance dans quatorze langues (arabe, bengali, allemand, espagnol, français, hindi, indonésien, italien, japonais, coréen, portugais, swahili, yoruba et chinois), l’écart de performance avec l’anglais s’est quasiment refermé depuis 2024, passant d’environ 10 points à moins de 1 point aujourd’hui. Ce progrès, combiné à l’adoption massive du smartphone, rend les outils d’IA bien plus accessibles pour la messagerie, la recherche, l’apprentissage ou la création de contenu dans des dizaines de langues jusqu’ici mal desservies.
Le Japon, cas d’école d’une percée linguistique
Le Japon illustre bien ce mécanisme. Son classement mondial est passé de la 56ᵉ place au premier semestre 2025 à la 48ᵉ place au premier trimestre 2026, avec une progression de 3,4 points sur le seul dernier trimestre — plus de trois fois supérieure à la moyenne mondiale. Sur les examens professionnels japonais, la précision des modèles est passée d’environ 50,8 % pour les versions les plus anciennes à plus de 90 % pour les systèmes récents. Sur le benchmark MMLU, la précision en japonais est passée de 50 % avec GPT-3.5 Turbo à 80 % avec GPT-4o, réduisant l’écart avec l’anglais de 20 points à seulement 9. Sur le benchmark plus exigeant MMLU-Pro, GPT-5 atteint même 87 % en japonais, devançant légèrement son score de 85 % en anglais.
Ces progrès se traduisent concrètement dans les usages : les développeurs japonais ont mis en ligne 129 % de changements de code en plus sur GitHub par rapport à l’année précédente, contre une croissance mondiale de 78 % sur la même période.

Le code, terrain le plus visible de l’impact économique de l’IA
C’est sans doute dans le développement logiciel que l’effet de l’IA générative est aujourd’hui le plus mesurable. En 2025, Anthropic et OpenAI ont toutes deux lancé des modèles spécialisés dans les tâches d’ingénierie logicielle complexes : Claude Opus 4.5 en novembre, puis trois versions successives de Codex (GPT-5.1-Codex-Max, GPT-5.2-Codex, GPT-5.3-Codex) entre novembre 2025 et février 2026. GitHub Copilot, de son côté, s’est transformé en plateforme complète de développement assisté par IA, capable de générer des pull requests entières et de s’intégrer aux outils de gestion de projet.
Les chiffres de GitHub illustrent l’ampleur du phénomène : les envois de code (« git pushes ») ont augmenté de 78 % sur un an dans le monde, atteignant 380 millions au premier trimestre 2026 contre 213 millions un an plus tôt. Le nombre de nouveaux dépôts créés a bondi de 45 % sur la même période. Plus frappant encore, les pull requests associées à des agents d’IA (capables de coder, tester et corriger de manière quasi autonome) ont été multipliées par 28 en seulement dix mois, passant de 83 000 en mai 2025 à 2,3 millions en mars 2026.
Pour l’instant, cette explosion de productivité ne semble pas détruire l’emploi des développeurs, elle semble plutôt le stimuler. En 2025, l’emploi total de développeurs de logiciels aux États-Unis a atteint environ 2,2 millions de postes, en hausse de 8,5 % sur un an et un record pour la profession. Les premières données de mars 2026 montrent un emploi encore supérieur d’environ 4 % à celui de mars 2025. L’explication avancée par les économistes tient à un mécanisme classique : quand la productivité des développeurs augmente, le coût de production d’un logiciel baisse, ce qui peut, si la demande est suffisamment élastique, pousser les organisations à construire davantage de logiciels plutôt qu’à réduire leurs effectifs.
Une diffusion plus large, plus rapide (mais pas plus équitable)
Le tableau qui se dégage de ce premier trimestre 2026 est celui d’une adoption de l’IA entrant dans une nouvelle phase : plus large, plus rapide, et de plus en plus ancrée dans des usages concrets plutôt qu’expérimentaux. Mais cette accélération profite avant tout aux pays déjà les mieux équipés en électricité, en connectivité et en compétences numériques. Pour le Microsoft AI Economy Institute, combler ce fossé restera l’un des grands enjeux des prochains trimestres ; faute de quoi la diffusion rapide de l’IA risque avant tout d’approfondir des inégalités déjà existantes.
Walid Naffati
Source : Microsoft AI Economy Institute, « Global AI Diffusion — Q1 2026 Trends and Insights ». Données et méthodologie complètes disponibles à l’adresse aka.ms/AI_Diffusion_Technical_Report.